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La fin de l'horlogerie classique ?

16 décembre 2013

Je m’étais déjà fait la réflexion les années précédentes, mais depuis peu cela m’est apparu de manière encore plus flagrante : l’horlogerie mécanique était enfin rentrée dans l’ère du 21ème siècle avec des formes inédites et une lecture du temps souvent alternative ! Je ne parle pas ici des gadgets futuristes que de trop nombreuses marques essayent de présenter comme de la haute horlogerie alors que, très souvent, elles ne font que plaquer des mouvements ETA (non finis) de PVD noir, qu’elles associent à des cadrans en fibre de carbone à ne plus savoir quoi en faire ! Le propos est tout autre, je vous parle de la haute horlogerie du 21ème siècle… les Breguet, Philippe ou Vacheron de demain.

Depuis son nouvel essor dans les années 80, l’horlogerie mécanique n’a cessé de faire référence à son histoire et à sa tradition. Nous avons ainsi assisté à la « résurrection » de marques tombées dans l’oubli, qui étaient de très anciennes manufactures horlogères ayant parfois même inventé en leur temps des choses assez saugrenues. Une marque ainsi récemment relancée se targuait d’avoir inventé le premier cadran de montre à répétition minute ! Les montres que nous offrent ces maisons sont le plus souvent des réinterprétations de leurs modèles d’époque ou des complications issues de montres de poche, miniaturisées pour les montress-bracelets. Aussi ingénieux et merveilleux que puissent être ces garde-temps, ils sont directement issus de la tradition horlogère que nous connaissons depuis plus de 200 ans et restent par là même emprunts d’un certain classicisme. 
(image de gauche : De Bethune) 

UNE NOUVELLE RACE DE COLLECTIONNEURS

Par ailleurs, le collectionneur actuel de 30-40 ans n’était qu’un enfant ou adolescent dans les années 80 et il n’a pas forcément envie de collectionner le même type de montres que son père. Pour répondre à cette demande, il existe aujourd’hui une nouvelle génération d’horlogers et de présidents de marques qui souhaitent proposer des choses radicalement différents, plus en phase avec leur époque.

Jusqu’à présent, l’aficionado de belle horlogerie qui souhaitait sortir des sentiers battus en termes de design, n’avait souvent pas d’autre choix que de se tourner vers les modèles des maisons de couture, le plus souvent à quartz. Il n’y avait en effet, au sein des maisons horlogères bien établies, qu’Audemars Piguet avec la Royal Oak et surtout avec la collection Millenary (et particulièrement avec les somptueuses Millenary MC12 et Cabinet piece n°5) et Jaeger LeCoultre avec les modèles Amvox et Master Compressor, qui avaient tenté, avec plus ou moins de succès, d’offrir des produits différents.

Aujourd’hui, ce sont des jeunes horlogers indépendants que souffle le vent nouveau. Les premiers à lancer le mouvement ont été Richard Mille et ses garde-temps à forte connotation Formule 1. La palme revient néanmoins à Max Busser, l’ex et jeune patron de Harry Winston Rare Timpieces: ce passionné d’horlogerie et héritier naturel du regretté Gunther Blümlein a démontré avec les séries Opus que la haute horlogerie ne rimait pas forcément avec grande complication et classicisme. (image ci-dessus : HM1 de MB&F)

Dans leur sillon, toute une nouvelle génération d’horlogers désireux de faire basculer l’horlogerie mécanique dans le 21ème siècle ont tenté leur chance avec succès. Il faut croire que le marché les attendait impatiemment ! Citons Vianney Halter avec ses créations « Eiffeliens » très certainement inspirées des aventures du Capitaine Némo, De Bethune et ses designs alliés à des mouvements somptueux, Baumgartner et son satellite portable, l’univers si British de Peter Speake-Marin à la fois classique et excentrique et, enfin, MB&F et sa Horological Machine n°1 à mi chemin entre un OVNI et une sculpture. 
(image ci-dessous, de gauche : Urwerk, image de droite : Vianney Halter)

 

DE LA VRAIE HORLOGERIE

Certains diront que ces montres très stylisées ne sont qu’une mode passagère. D’autres déploreront encore une surenchère à l’excentricité. Il ne faut cependant pas oublier que ces pièces contiennent de vrais mécanismes horlogers et que la recherche esthétique n’a pas été faite au détriment de la qualité du mouvement et de sa finition. Pour créer quelque chose de nouveau et de durable, il faut connaître le passé et ces jeunes horlogers ont le plus souvent travaillé pour les plus grandes marques avant de prendre leur envol.

Je pense que nous vivons une émancipation de l’horlogerie un peu à l’instar des premières années de la montre-bracelet et de la création des montres de forme vers les années 1915-1920, qui représentaient une « contestation » et un mouvement de libération vis-à-vis de la montre de poche ronde.

Ce n’est finalement peut-être que l’histoire qui se répète et cette nouvelle vague créatrice représente – qui sait ? - les classiques de demain. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à soutenir ce mouvement, car finalement, ces jeunes horlogers ont réussi un pari difficile : rendre les montres sexy !

Par Alexandre GHOTBI - mars 2007

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