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MB&F : La machine à donner le temps

16 décembre 2013

MB&F, trois lettres qui font frémir les initiés mais qui, en même temps, suscitent une immense attente et une effervescence certaine au sein du marché de la haute horlogerie.

Que représentent-elles au juste? Max Büsser & Friends, un collectif horloger qui, chaque année, présente un nouveau concept avec de nouveaux participants. Mais encore? - me demanderez-vous non sans raison.

L’homme qui se cache derrière ce concept (je n’utilise pas le terme de « marque » volontairement) n’est pas un horloger mais probablement l’homme qui a su le mieux capter le pouls de l’amateur du 21ème siècle et qui a en partie lancé les stars que sont devenus aujourd’hui François-Paul Journe, Vianney Halter ou Felix Baumgartner (Urwerk).

Quelques mots de présentation tout d’abord: Max a commencé sa carrière chez Jaeger LeCoultre au sein du département « développement produit ». Sept ans plus tard, il quitte la vénérable maison de la Vallée du Joux pour prendre en main la destinée de la branche horlogerie de Harry Winston, et ce, à 31 ans à peine !

Pari réussi, puisqu’à travers la création de produits au design soigné et techniquement irréprochables, il a ouvert les portes d’une maison essentiellement réputée pour sa joaillerie à des collectionneurs et amateurs d’horlogerie mécanique et technique.

Son coup de maître vient néanmoins du lancement des séries Opus. 
Depuis 2001, la maison Harry Winston s’associe régulièrement avec un jeune horloger pour lancer une pièce de haute technicité en série très limitée. 
Pour la première fois, le nom de l’horloger figure également sur le cadran. Ainsi, des horlogers aussi talentueux que Journe, Presiuzo, Halter, Claret Baumgatrner ont collaboré à ces projets.

Il fallait être complètement fou à l’époque pour se lancer dans cette aventure : une maison de joaillerie qui n’était pas vraiment reconnue à l’époque pour ses garde-temps s’associait avec des horlogers dont le grand public n’avait jamais entendu parler. Mais ce fut contre toute attente un succès immédiat, à tel point que chaque année, durant le salon de Bâle, le stand d’Harry Winston était assiégé par des journalistes et collectionneurs pour découvrir le nouvel Opus.

En 2005, suite au rachat de la société Harry Winston par un fonds de pension, il prend un nouveau pari encore plus risqué. Il quitte son poste, plutôt confortable, de Président d’Harry Winston Rare Timepieces pour lancer MB&F.

L’idée originale de Max Büsser est de lancer une nouvelle pièce par an, et pour ce faire, travailler avec une équipe différente (horloger, designer, ingénieur…) pour chaque production. Par ailleurs, pour éviter de ne proposer que des pièces à des prix prohibitifs, il souhaite alterner mouvements manufactures et calibres préexistants.

Néanmoins, l’argent est le nerf de la guerre et concevoir une montre de A à Z coûte cher, surtout pour une maison naissante dont la production est faible. Max a alors eu une autre idée de génie : celle de prendre son bâton de pèlerin et de partir démarcher les détaillants dont il pensait qu’ils avaient la culture horlogère nécessaire pour comprendre son concept. 
Le problème est qu’il n’avait rien d’autre qu’un croquis à présenter ! Il arrive néanmoins à persuader quelques détaillants choisis sur le volet (seuls 5 détaillants proposeront les montres MB&F) de le suivre dans son aventure et de lui verser un acompte lui permettant de démarrer sa production.

Depuis l’annonce du lancement de MB&F et la présentation de la première pièce à l’automne 2006, près de deux ans s’étaient écoulés, et Max Busser était attendu avec énormément d’impatience mais aussi avec parfois un peu de scepticisme, tant par les spécialistes que les collectionneurs.

La Horological Machine n°1 a fait l’effet d’une bombe dans une industrie horlogère au design souvent trop consensuel. 
Imaginez une montre en forme de 8 horizontal avec la lecture des minutes et l’indication de la réserve de marche qui se font sur la partie droite, un tourbillon central surélevé (qui donne l’impression de flotter au dessus du cadran) et une indication des heures sur la partie gauche. 
Le mouvement et le boîtier ont été conçus ensembles ce qui donne au tout une harmonie parfaite.

 

Soulignons que l’horloger qui a porté ce projet n’est autre que la star montante de l’horlogerie indépendante : Peter Speake-Marin.

Certains diront que la HM-1 est une pièce d’artifice, à la complexité vaine et que Büsser a voulu trop en faire en termes de design. Je dirais personnellement le contraire: Max a osé sortir des sentiers battus et proposer une approche totalement novatrice qui oblige à une gymnastique intellectuelle pour comprendre cette œuvre (car on peut parler ici davantage d’œuvre que de garde-temps), mais qui surtout, fait appel à la sensibilité émotionnelle que peut avoir l’amateur qui découvre la HM-1. Max était attendu au tournant et il ne pouvait QUE présenter quelque chose de différent car c’est ce que les collectionneurs attendaient de lui.

D’ailleurs, la HM-1 porte très bien son nom en ce qu’elle est davantage une machine qui donne l’heure qu’une simple montre. De par sa conception, son design, son apparence et même le ressenti que l’on peut avoir au toucher, on pourrait presque parler d’une approche « industrielle » de la pièce (un peu comme Kraftwerk avec la musique). On aime ou on déteste, mais la HM-1 n’appelle pas de sentiment de tiédeur ou d’indifférence et c’est déjà en soi une première preuve de réussite.

La HM-1 est également empreinte de culture populaire et de clins d’oeil ludiques. Regardez bien le rotor et la cage du tourbillon : cela ne vous rappelle rien ? Et oui, ces éléments reprennent le design de l’Astero Hache de Goldorak !!

Les premières HM-1 (qui est limitée à 100 pièces) seront livrées dès le printemps 2007 au rythme de 30 pièces par an.

MB&F se prépare aujourd’hui à présenter la Horological Machine n°2, dont nous vous présentons le mouvement (la montre une fois terminée sera présentée à l’automne 2007). Pour pouvoir présenter une pièce avec un prix plus abordable, le mouvement de la HM-2 n’est pas un développement spécifique mais demeure basé un calibre Girard Perregaux.

Le dessin de la HM-2 a été réalisé une première fois il y a plus de deux ans, puis entièrement revu fin 2005. Le maître horloger a commencé à y travailler fin 2005, soit peu de temps après le début des travaux de la HM-1. A ce jour, le prototype fonctionne et une bonne partie des composants est déjà usinée.

Nous ne savons pas grand chose de cette montre : ni les complications ni l’horloger qui y a travaillé. En revanche, on voit immédiatement qu’un travail non négligeable a été entrepris sur le mouvement et sa forme si « alternative ». Il semblerait néanmoins qu’à l’inverse de la HM-1, où le mouvement et le boîtier forment un tout harmonieux, le mouvement et le boîtier de la HM-2 soient assez différents.

En interne, les gens de MB&F s’y réfèrent sous le nom de « Sky Lab » (nom de la station orbitale américaine des années 70), mais selon moi, le mouvement ressemble plus à l’Enterprise, le célèbre vaisseau spatial commandé par le capitaine Kirk dans Star Trek.

Encore une fois, Max est « attendu au tournant » et après le coup de poing qu’a été la sortie de la HM-1, la HM-2 ne peut et ne doit pas souffrir la comparaison. Néanmoins, l’exercice va devenir difficile car, avec chaque nouvelle pièce, Max Büsser et MB&F vont devoir surprendre les collectionneurs et les aficionados qui en demandent toujours davantage, tout en restant très vigilants à ce que la frontière – parfois assez mince - entre le design, la créativité et le gadget ne soit pas franchie.

Max Büsser, comme je le disais au début de cette présentation, a le don rare de percevoir le pouls du marché avec une réelle acuité et MB&F est pour lui un petit laboratoire de création relativement imperméable à la pression de la productivité et du chiffre d’affaires. 
A moyen/long terme, MB&F devrait servir de plateforme de lancement pour des talents inconnus à la façon d’un « business angel » en apportant à ces jeunes créateurs les fonctions de support, de production et de conseil stratégique qui manquent souvent aux horlogers de talent qui n’ont pas été confrontés au « brand management » ou qui n’ont tout simplement pas les moyens de se développer tous seuls. Mais ça c’est une autre histoire…

Par Alexandre GHOTBI - avril 2007

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