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Interview de Kari Voutilainen

17 décembre 2013

Kari Voutilainen est né en Finlande en 1962. Il est en suisse depuis 1989 ou il exerça chez Parmigiani et enseigna au WOSTEP. En 2002 il s’établi à son compte à Môtiers, en qualité d’artisan d’horlogerie d’art.

 POUR HORLOGERIE-SUISSE.COM

Enfant, dans quel métier vous rêviez-vous ?
Je rêvais d’une profession où je pourrais travailler avec mes mains, m’exprimer et rester indépendant…

Comment êtes-vous entré en horlogerie ?
Je me suis en fait familiarisé avec l’horlogerie quand j’étais très jeune. 
Un ami de la famille avait dans notre ville un magasin d’horlogerie et il réparait les montres dans son atelier. Petit garçon, j’y allais de temps en temps juste pour regarder fasciné ce qu’il faisait.

Difficile, les années d’apprentissage ? Y a-t-il eu des moments de doutes ? Avez-vous eu envie d’arrêter ? Pourquoi avez-vous continué ?
L’école d’horlogerie fut la première école où je me suis dit “C’est pour moi ! », et l’horlogerie n’a été que du plaisir depuis. Je n’ai en fait pas vraiment eu de moments difficiles, et j’adore cette profession depuis.

Avec le recul, quel conseil donneriez-vous aux jeunes apprentis horloger aujourd’hui ?
Au début de sa carrière, il me semble qu’il est important de se forger autant d’expériences que possible. Et travailler dans le service après-vente d’un magasin peut être un excellent départ. Ceci dit, la qualité du travail doit toujours passer en premier, la rapidité viendra avec le temps. 
Pour bâtir il faut de bonnes fondations.

Les côtés passionnants et rébarbatifs de votre métier ?
La plus belle partie est la restauration d’une belle pièce historique : on a l’impression de faire partie de son histoire, c’est étonnant. 
Ce qui est dur est que malgré le fait que nous créons des garde-temps, il nous est impossible de maîtriser le temps. Et que souvent vu que nous ne pouvons pas ralentir le temps, nous devons augmenter notre cadence !

Vous êtes le plus médiatisé des horlogers finlandais, car vous avez monté votre marque, mais vous êtes un certain nombre de très haut niveau à travailler pour les plus grandes marques suisses. Comment expliquez-vous cette concentration d’horlogers finlandais de haut niveau dans un métier à priori helvétique ?
L’Ecole d’horlogerie finlandaise a une histoire très riche et continue de proposer de bons programmes de formation, de très bons professeurs et plus de candidats que de postes vacants ; ce qui permet de choisir les meilleurs élèves. Il faut noter que notre école finlandaise est la seule école d’horlogerie privée au monde. Elle est la propriété de l’association des horlogers. Aussi l’age moyen de 25 ans est beaucoup plus haut qu’ailleurs, ce qui sous-entend des élèves plus mûrs.

Au vu des millions de calibres mécaniques produits par année, l’industrie horlogère suisse aurait besoin de environ 500 nouveaux horlogers par an. Or les écoles n’en forment que 50 à 60 ! Pourquoi d’après vous, et comment faire pour susciter plus de vocations ? Y aurait-il une piste dans les solutions finlandaises ?
Il me semble que l’industrie doit se réveiller et prendre plus au sérieux la situation. 
D’un côté, les marques doivent s’engager à former plus d’horlogers, mais aussi d’une façon ou une autre à financer la formation étatique. Dans un autre, les sociétés qui investissent dans la formation interne devraient bénéficier de subventions et d’aide pédagogiques de l’état et des écoles.

Horloger et constructeur horloger, est-ce un chemin naturel ? Comment passe-t-on de l’un à l’autre ?
C’est très personnel. En ce qui me concerne, ça s’est fait de façon naturelle, et j’ai toujours tendance à regarder une pièce ancienne tant avec les yeux d’un horloger qu’avec ceux d’un constructeur…

Qu’est-ce qui vous a fait monter votre propre société ?
Le rêve de créer mes propres montres

Etre horloger et manager de société en même temps, est-ce compatible ? Quelles sont les plus grandes difficultés ?
Le temps à disposition est la plus grande difficulté, ce qui est paradoxal: je dois être extrêmement strict avec mon planning et essayer d’optimiser mon temps au maximum.

Un de vos plus beaux souvenirs horlogers de ces dernières années ?
Le moment où mon premier tourbillon s’est mis à battre, après deux ans de travail acharné.

Qu’est-ce qui différencie « l’horlogerie Voutilainen » des autres créateurs indépendants ?
Il faut demander à mes clients…

Vous maniez visiblement aussi bien l’extraordinaire répétition décimale, dont vous ne sortez qu’une pièce par année, que le « simple » 3 aiguilles manuel. Dans quel produit prennez-vous el plus de plaisir à travailler ?
Dans tout ce qui est technique: la répétition minutes, le chronographe ou tout ce qui touche au quantième…

Beaucoup ont été surpris par l’incorporation de l’organe réglant Carbontime dans votre magnifique chronographe. 
Quel fut le raisonnement derrière cette décision et pourquoi ne l’avez-vous pas incorporé dans votre dernière création (manuel 3 aiguilles) ?

Je préfère avancer lentement mais sûrement. Avec Carbontime, nous utilisons un système en phase de développement mais qui, par ses caractéristiques, s’adapte parfaitement à mon chronographe. Sur le 3 aiguilles, c’est différent, je préfère utiliser un balancier très grand avec une inertie importante.

Votre vision de l’horlogerie haut de gamme dans 10 ans 
A priori il y aura de plus en plus de belles créations. Mais l’industrie doit garder la tête froide et ne pas se laisser emballer par la course aux quantités, au détriment de la créativité. 
Des fois « Less is more »

Avec nos remerciements à Kari Voutilainen pour sa disponibilité !

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