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Interview de Christophe Claret

17 décembre 2013

POUR HORLOGERIE-SUISSE.COM

Présentation de la société

En 1987 à la Foire de Bâle, Christophe Claret décroche sa première commande importante pour des mouvements à répétition minutes avec Jaquemarts. Les dés étaient jetés : en 1989, il crée sa propre société à La Chaux-de-Fonds pour émigrer, quelques premières mondiales plus tard, sur les hauteurs du Locle, au Soleil d’Or, une propriété construite vers 1860 en pierre jaune de Hauterive, flanquée depuis de deux nouveaux bâtiments vu le succès grandissant de l’entreprise.
De 17 personnes en 2001, la manufacture, qui assure la quasi-totalité de la fabrication des composants de ses mouvements, est passée à près de 100 aujourd’hui avec un bureau d’études qui a quintuplé en trois ans.
Le mouvement le plus « simple » sortant des ateliers loclois de Christophe Claret est un tourbillon. C’est dire que les mouvements nés à la manufacture sont le plus souvent d’une complexité extrême, mettant en lumière des indications ou des complications jusque-là jamais associées ou proposées selon un mode nouveau. 
Ce fut d’ailleurs le leitmotiv de Christophe Claret lorsqu’il fonda sa société en 1989, estimant que si « en horlogerie tout a été fait, tout reste à inventer ». C’est pourquoi, à l’amorce de tout nouveau projet, un seul mot d’ordre est donné par le maître des lieux au bureau d’études : inutile de refaire ce qui a déjà été fait. 
« Notre travail est de concevoir des fonctions, des indications ou des mouvements véritablement novateurs », insiste Christophe Claret. Cela explique l’importance du bureau d’études – 14 personnes sur la petite centaine de collaborateurs de l’entreprise - une proportion impressionnante que l’on ne retrouve guère dans les autres manufactures.

« A l’oeuvre, on connaît l’artisan », aimait à dire Jean de La Fontaine. 
Au Soleil d’Or, la manufacture locloise de Christophe Claret, ne travaillent que des horlogers rhabilleurs d’exception. Tous savent tourner, rouler, pivoter, décolleter, limer, exécuter avec soin les opérations les plus délicates du métier.

Venus de Suisse, de France, de Finlande, de Suède, d’Autriche, d’Italie ou d’Irlande, ils ont été premiers de volées, diplômés méritants. « Dans le domaine du montage de ces calibres très complexes, la formation est excessivement importante, relève Christophe Claret. Dans les écoles, on n’enseigne pas aux étudiants à monter des Tourbillons, encore moins des Répétitions minutes. C’est pourquoi seuls les meilleurs sont entrés chez nous. Ils sont alors formés sur une durée de trois mois à une année avant d’entrer réellement dans le cycle de production. 
C’est un investissement très important, mais c’est un investissement pour l’avenir. Il est indispensable à l’excellence ». 
A son arrivée, le nouvel employé commence donc une formation propre à la maison et intégralement prise en charge par elle. Un professionnel chevronné l’initie aux subtilités des calibres, prenant le temps nécessaire pour enseigner la science des complications ou l’art des réglages fins. L’objectif : l’autonomie. Car pour garantir un résultat exceptionnel, chaque mouvement est monté par un seul horloger. « Il en assume l’entière responsabilité de la réception des pièces jusqu’au contrôle final », explique Christophe Claret pour qui « la perfection attire la perfection ».
La manufacture produit actuellement cinq familles de calibres, du Tourbillon - le plus simple chez Christophe Claret ! - à la Répétition minutes Westminster. Chaque famille compose un secteur comptant de un à trois ateliers. 
Actuellement, ce ne sont pas moins de 25 calibres différents qui sont produits simultanément.

Interview de Christophe Claret

Enfant, dans quel métier vous rêviez-vous ?

Enfant très jeune, je ne rêvais pas particulièrement d'avoir un métier ou un autre, c'est à l'âge de 14 ans que m'est venu la vocation de faire le métier d'horloger.

Comment êtes-vous entré en horlogerie ?

A 14 ans mes parents comprenant ma volonté de devenir horloger, ils m'ont proposé de passer mes vendredi après-midi ainsi que mes samedi matin chez un horloger à Lyon pour y faire mes premiers pas dans l'horlogerie.

Difficile, les années d'apprentissage ? Y a-t-il eu des moments de doutes ? Avez-vous eu envie d'arrêter ? Pourquoi avez-vous continué ?

Avant d'arriver à l'école d'horlogerie je n'étais pas un étudiant très studieux c'est pourquoi il m'a été très difficile au début de remonter la pente et d'être au niveau de mes autres collègues d'apprentissage. Mais ayant la ferme volonté d'apprendre ce métier j'ai vite rattrapé mon retard et me suis vite retrouvé en tête de peloton.

Avec le recul, quel conseil donneriez-vous aux jeunes apprentis horloger aujourd'hui ?

Le conseil que je pourrais donner aux apprentis serait de bien prendre connaissance des écoles qui existent en Suisse, en France ou dans leur pays d'origine afin qu'ils puissent établir leurs choix du type d'apprentissage qu'ils envisagent. Il faut surtout qu'ils soient honnêtes et respectent les engagements qu'ils prennent.

Les côtés passionnants et rébarbatifs de votre métier ?

Le côté le plus passionnant de notre métier et sans aucun doute la création, pouvoir créer et réaliser ce que l'on imagine est très stimulant. 
Le côté rébarbatif serait qu'il faut toujours se battre contre ceux qui ne respectent pas l'éthique du métier.

Tous les jeunes horlogers rêvent de travailler sur les "complications". Est-ce judicieux de s'y lancer le plus vite possible, ou faut-il parfaire ses armes sur des calibres de base avant ?

Avant de pouvoir se lancer dans les complications il faut d'abord savoir si on a les compétences en soi pour y arriver.

Au vu des millions de calibres mécaniques produits par année, l'industrie horlogère suisse aurait besoin de environ 500 nouveaux horlogers par an. Or les écoles n'en forment que 50 à 60 ! Pourquoi d'après vous, et comment faire pour susciter plus de vocations ?

Le métier d'horloger a longtemps été dévalorisé voir même déconseillé par certaines écoles lors de l'arrivée du quartz. Il y a beaucoup de vocation dans ce domaine mais actuellement ce sont les écoles qui n'arrivent plus à répondre aux demandes. Il faut d'une part créer de nouvelles classes de formation dans les écoles d'horlogerie et d'autre part améliorer encore l'intérêt et la passion que l'on peut trouver dans ce métier d'horloger notamment par internet et par "horlogerie-suisse.com".

Horloger et constructeur horloger, comment passe-t-on de l'un à l'autre ?

Certaines des formations d'école permettent d'acquérir les deux bases, d'autres pas. Pour être constructeur horloger il faut néanmoins avoir d'une part beaucoup de créativité dans la construction, il faut aussi bien connaître les produits et ce qui s'est fait par le passé et pour finir avoir de bonnes compétences dans la construction horlogère en CAO.

Qu'est-ce qui vous a fait monter votre propre société ?

J'ai créé la société Christophe Claret SA en 1989 avec comme objectif de réaliser des mouvements d'esthétique traditionnelle mais avec beaucoup d'innovations techniques dans le but de réaliser des mouvements à grandes complications par CAO à cette époque nous étions despionniers dans ce domaine.

Etre horloger et manager de société en mêmetemps, est-ce compatible ? Quelles sont les plus grandes difficultés ?

C'est effectivement  vrai que c'est peu compatible d'être manager et horloger en même temps, d'ailleurs peu d'horlogers dans ce domaine réussissent cet exercice et ceux qui réussissent ce n'est pas sans difficulté et les plus grandes sont de savoir déléguer et de trouver des personnes compétentes pour assumer les postes en fonction et au fur et à mesure du développement de l'entreprise, de plus c'est un domaine où il faut être extrêmement rigoureux.

Un de vos plus beaux souvenirs horlogers de ces dernières années ?

Lié par la confidentialité de ce que nous faisons pour nos clients je ne peux répondre mais par contre c'est enthousiasment de pouvoir voir les montres terminées des mouvements que nous avons crées un an ou deux ans auparavant.

Votre entreprise a connu un développement fulgurant sur les 5 dernières années, tant au niveau de l'intégration de l'outil industriel, du nombre de calibres crées par année et évidemment du nombre d'employés. Quelle a été la plus grande difficulté dans cette croissance et comment vois-tu l'avenir ?

La ou les plus grandes difficultés ont été d'adapter la configuration et l'organisation de l'entreprise en fonction de ce développement, il faut savoir "sentir le vent tourner" suffisamment de temps à l'avance pour savoir anticiper la structure de l'organisation de l'entreprise en fonction de son développement.
Nous construisons actuellement un nouveau bâtiment qui va quasiment doubler la surface actuelle de nos bâtiments, elle est en relation avec des demandes toujours croissantes dans les mouvements que nous créons et réalisons.

 

Vous êtes longtemps resté un des seuls producteurs indépendants à proposer des mouvements tourbillon et répétition minutes à des marques tierces. Aujourd'hui plusieurs autres fabricants/fournisseurs sont rentrés dans la partie. Comment voiyez-vous le développement de ce secteur dans l'avenir ?

Seuls les meilleurs subsisteront.

Vous êtes co-actionnaire avec Thierry Oulevay de la jeune société Jean Dunand. Comment se fait-il qu'après tant d'années comme fournisseur des marques, vous ayez fait ce pas ? Et pourquoi ne pas avoir créé directement la marque Christophe Claret ?

Le choix d'avoir été co-actionnaire avec Thierry Oulevay de la société Jean Dunand avait comme objectif de réaliser des projets trop fous pour nos marques clientes et ainsi pouvoir réaliser des produits auxquels je tenais. Je me suis toujours refusé à lancer la marque Christophe Claret pour des questions de choix personnels car un tel choix aurait demandé que je passe au moins une semaine par mois dans le monde pour promouvoir mon nom, ce à quoi je me suis toujours refusé. D'autre part en toute modestie nous avons un tel pouvoir de créativité qu'une seule marque ne pourrait absorber autant de produits différents.

Votre vision de l'horlogerie haut de gamme dans 10 ans

Je pense que dans 10 ans l'horlogerie haut de gamme aura réalisé beaucoup plus de produits différents que ces 20 dernières années et que si il y a effectivement beaucoup plus de mouvements à grandes complications dans ce domaine il y aura aussi beaucoup plus de clients acheteurs qu'auparavant notamment grâce à tous les pays en voie de développement tel que la Chine, l'Inde, la Russie, l'Ukraine…etc.

La page de la marque Christophe Claret

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