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DW5 intergalactique, De Bethune

18 décembre 2014

Les objets horlogers insolites sont de plus en plus nombreux à voir le jour ces dernières années. La montre perd de plus en plus sa fonction première d’indication de l’heure tout en renforçant son image de marqueur social et de bijou masculin.

DW5 intergalactique, De BethuneCes machines à mesurer le temps fixent la nouvelle tendance depuis plusieurs années en matière d’horlogerie. La montre est devenue un bijou d’art mécanique ! Dans la série machine horlogère venue d’ailleurs, le vaisseau spatial du capitaine Solo dans la saga « Star Wars » a du servir de muse à David Zanetta pour la Dream Watch n°5.

Design retro futuriste.
En effet la DW5 ressemble d’avantage à une soucoupe volante qu’à une montre. Ses lignes racées à la manière des hors-bords italiens et ses chromes brillants comme les carlingues d’avions de la grande époque Howard Hughes, en font un objet insolite du paysage horloger.

En dehors du fait que sa création est contemporaine, cet objet pourrait parfaitement s’incérer dans la collection Streamline du MoMA à New York. Ce design industriel né aux Etats-Unis dans les années 1930, s’inspire de l’aérodynamisme de la goutte d’eau. Les formes qui le caractérisent, comportent des lignes fluides et des courbes douces et arrondies.

DW5 intergalactique, De BethuneComme point de départ de l’objet, toutes les lignes de cette machine partent de la pointe avant du vaisseau. Celles qui s’écartent le plus de l’axe du centre dessinent les ailes de la carlingue. Elles s’écartent suffisamment pour héberger le disque des heures et des minutes qui circulent sous le titane poli et apparaissent dans le cockpit faisant office de guichet. Point d’équilibre de ce carénage, l’ouverture du cockpit en verre saphir laisse apparaitre les heures et les minutes. La petite lune mi-bleue mi-chrome opère ses rotations dans l’axe des heures et évoque le radar de surveillance spatial du droïde R2-D2. Avec sa vitesse de rotation lente, cette sphère lunaire orchestre le défilement des heures et des minutes juste derrière elle. Astre de référence temporel, cette lune symbolise bel et bien le pilote de ce vaisseau intergalactique. Enfin les lignes du fuselage et des ailes se rejoignent à l’arrière du vaisseau au point de réaction de la machine, la couronne de remontage. Cette dernière ciselée de manière circulaire en dents de scie, se termine par un rubis cabochon d’un carat qui évoque les flammes du propulseur.

Ce style industriel élégant et fluide est également une manière de mettre en miroir l’art mécanique et le progrès technique. Ainsi la Dream Watch 5 fait référence à cet imaginaire mécanique et invite ses admirateurs à venir voir sous son capot de titane poli miroir.

DW5 intergalactique, De BethuneUne mécanique innovante et cohérente avec l’univers esthétique !
Si la Dream Watch 5 nourrit avant tout une ambition esthétique, elle emprunte tout de même certains codes à l’horlogerie traditionnelle qui reste le domaine de prédilection des fondateurs de la marque, David Zanetta et l’horloger Denis Flageollet. Située aux frontières de la science fiction et de l’horlogerie, cette sculpture de poignet présente quelques attributs horlogers novateurs et hautement technologiques. La DM5 tient également sa forme de son moteur. En effet la forme triangulaire des ponts utilisés sur tous les mouvements des montres De Bethune est caractéristique de la marque. Ainsi le calibre DB2144 de cette navette spatiale bénéficie de cette signature esthétique. La couronne empierrée à l’arrière du vaisseau permet le remontage manuel du moteur qui bénéficie d’une autonomie de 5 jours de réserve de marche pour ses errances spatio-temps-horaires.

329 composants permettent à cette machinerie de mouvoir le vaisseau dans l’espace temps. La propulsion et l’autonomie sont assurées par un double barillet autorégulateur. La précision de l’engin repose sur les 28'800 alternances par heure du balancier en silicium et or gris à spiral avec courbe terminale plate et une roue d’échappement en silicium. La fiabilité est renforcée par 32 composants en rubis dans les parties les plus sensibles du moteur. Enfin en cas de turbulences, un système à triple pare-chute permet d’absorber les chocs lors d’une attaque ennemie ou au moment de l’entrée dans l’atmosphère de la planète Tatooine. Tous ces éléments techniques sont le fruit de la recherche De Bethune et font l’objet de brevets pour la plupart. L’ensemble de cette machine est évidemment ajusté, réglé et décoré à la main dans les laboratoires jurassiens de la Chaux et de l’Auberson.

Ce moteur permet l’affichage simple et épuré de trois indications. Les heures sautantes s’affichent dans un incère de titane poli bleui et les minutes analogiques s’alignent à 3 heure dans l’axe de la couronne. Les deux données sont affichées en chiffres arabes à l’aide de deux disques tournants qui rappellent les stabilisateurs gyroscopiques de certaines machines spatiales. Une sphère lunaire bicolore en position centrale vient compléter les indications du cockpit. Elle indique les phases de la lune avec une marge d’erreur d’un jour lunaire tous les 1112 ans. Le tout est protégé par un verre saphir bombé et traité à l’antireflet 1800 Vickers.

L’esprit d’innovation des anciens.
debethuneCette mécanique et ce design novateur correspondent bien à l’esprit de la marque à particule noble. Bien que d’origine italienne, pour David Zanetta les plus belles montres de l’histoire sont toutes françaises ! C’est peut-être pour cette raison qu’il a décidé de baptiser sa marque du nom d’un des plus brillants ministres du Roi de France et de Navarre. Le compte Maximilien de Béthune, plus connu sous l’appellation de Duc de Sully, a semble-t-il également mis son grand esprit au service de la science horlogère. Dans un monde en pleine guerre de religion, l’horlogerie et l’astronomie sont des sciences majeures pour le développement et la suprématie des armées et de la marine.

Cet attachement à l’art horloger et aux astres se retrouve encore dans l’esprit et la philosophie de De Bethune. Même si la jeune marque voit le jour officiellement en 2002, la tradition horlogère à laquelle elle se rattache ainsi que la passion de David Zanetta et Denis Flageollet, sont bien plus anciennes. Pour autant, les deux hommes refusent de figer leur production dans le passé. Leur slogan l’annonce : « De Bethune, la tradition horlogère du XXIe siècle ». L’époque de la monarchie est révolue ! Les temps changent et l’horlogerie doit s’adapter aux besoins de l’époque. Désormais la montre est une oeuvre d’art au poignet des hommes bien plus qu’un objet scientifique. L’aspect passéiste de la tradition s’efface derrière les adaptations et les innovations de ce début de siècle !

debethuneDenis Flageollet comme tous les horlogers se dit l’héritier des horlogers historiques comme Breguet, Janvier ou Berthoud. Ces horlogers étaient tous des inventeurs. Avec leurs travaux et les moyens dont ils disposaient à l’époque ils ont fait avancer leur discipline et mis en place des inventions que nous exploitons encore de nos jours. Pourquoi ne pas faire de même ? Ainsi en se disant héritier de cet état d’esprit, De Bethune tente d’apporter une réponse aux problèmes que les grands horlogers d’antan n’avaient pas réussi à résoudre par manque de moyens ou de temps. C’est comme si vous mettiez un ordinateur entre les mains de Breguet ! Et les travaux sur la résonique entrepris par Denis Flageollet et ses horlogers le prouvent. Pour De Bethune, la question à toujours avoir à l’esprit est la suivante : Qu’auraient fait les horlogers du passé s’ils avaient les technologies d’aujourd’hui sous la main ?

Tout en restant dans la plus pure tradition mécanique, les horlogers de De Bethune utilisent tous les outils modernes de production et de contrôle pour perfectionner leurs réalisations. Cet art allié à l’univers aéronautique et céleste ainsi qu’à l’imaginaire contemporain du cinéma de science fiction, donne ce mélange détonnant où les garde-temps ressemblent d’avantage à des machines galactiques qu’à des montres comme nos esprits se les représentent traditionnellement.

Par Dave Grandjean, historien patrimoine industriel

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