Billet Horloger

Les vacances, la rentrée et les enchères

15 août 2009

L’été, le temps des « vacances horlogères » qui pour beaucoup prennent l’allure de cure de repos imposée.

Bref, le microcosme attend la rentrée pour…. Pour quoi au juste ? Quelles échéances au terme de la pause estivale ?

Pour les uns, rares il est vrai, elle pourrait peut-être annoncer les signes d’une réactivation du marché. Du moins nourrit-on ce genre de secret espoir sans réelle illusion, histoire de se raccrocher à une branche, voilà qui ne mange pas de foin et permet d’occuper l’espace médiatique.

Mais ainsi que l’Union de Banques Suisses le signale en date du 7 juillet dans son dernier baromètre portant sur l’activité industrielle, « entrées de commandes, chiffres d’affaires et production ont fortement reculé (…). Et les perspectives s'assombrissent pour le troisième trimestre ». S’agissant de l’horlogerie, « les coupes seront encore plus douloureuses au trimestre prochain ».

On l’aura compris, entre licenciements conséquents rendus publics depuis quelques mois et discrètes éjections en cours à petites doses homéopathiques, le début de l’automne ne risque pas de modifier fondamentalement le visage de l’industrie horlogère.

Qu’attendre d’autre sur une note plus positive ?

L’un des désormais grands rendez-vous bisannuel de la période demeure évidemment Only Watch, enchère caritative dont le fruit va à l’Association Monégasque contre la myopathie. A cette occasion, nombre de marques sollicitées présentent une pièce unique, spécifiquement développée pour cette vente servant un objectif intelligent et centré sur des valeurs vraies.

Aaaahhhh le monde merveilleux des enchères horlogères ! Elles demeurent toujours un univers fascinant pour qui en connaît quelque peu les arcanes.

Dans le cas qui nous occupe toutefois, le génie créatif de quelques-unes des marques qui s’en prévalent usuellement à grands renforts de déclarations solennelles n’a pas véritablement explosé. Les ventes passées l’ont d’ailleurs démontré, mettant en scène un cadran rapidement chromatisé aux couleurs monégasques, une paire d’aguilles du même acabit, ou une pièce vendue comme absolument unique par son habillement que l’on retrouvera produite en série dans les mois suivants, etc etc.

Bref, le but premier de la vente et ses conditions ont malheureusement parfois souffert de la myopie de quelques compagnies. Et cette année ?

La cuvée 2009 paraît osciller entre quelques redites de la même veine jouant du recours à des matériaux - titane, céramique, tantale - d’ores et déjà très largement utilisés par l’industrie horlogère mais vendus comme une innovation absolue (!), ou d’un emblème monégasque rapidement apposé sur le cadran.

Quelques pièces toutefois émergent, pour des motifs différents mais dont on pressent déjà qu’elles devraient faire un tabac justifié, à l’image de la Celestial de Patek Philippe – pièce exceptionnelle et réellement unique, sans oublier la pendulette de voyage signée Breguet, numéro 1 d’une série éditée à 7 exemplaires ni l’Equation du Temps d’Audemars Piguet. Nulles dérives ni blabla dans ces trois cas : créations classiquement en ligne avec l’essence même des trois marques respectives, sans les effets de manche plus proches de l’écume de la vague que de la crédibilité auxquels s’accrochent d’autres.

Et puis sur un autre registre, parmi les purs créateurs, la pièce développée par Max Büsser et sa cohorte d’amis, qui n’a pas perdu de vue le sens véritable et premier de la vente aux enchères et de ses bénéficiaires finaux, les enfants atteints de la maladie de Duchenne.

Les résultats seront évidemment intéressants et riches d’enseignements, en souhaitant d’abord qu’ils rencontrent les buts de l’Association Monégasque contre la myopathie.

Les résultats de la vente seront en outre un bon indicateur du marché de la collection à travers les montants engagés par les amateurs, hormis les quatre marques précitées qui échappent d’ores et déjà à la catégorie du tout venant et devraient séduire sans coup férir les amateurs/investisseurs.

Et finalement, à titre individuel, il conviendra de faire la part des choses avec toute la méfiance requise entre le silence radio des uns et les communiqués triomphalistes des autres. Ou flop à oublier au plus vite, genre la montre « unique » qui part à un prix dérisoire, ou récupération marketing pour une pièce atteignant un montant d’apparence élevé, après avoir été disputée par une armée d’enchérisseurs présents dans la salle, ou anonymes…

Par Pascal Brandt

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