Billet Horloger

Poinçon Patek Philippe: Le choix de la différenciation

4 avril 2009

Le Salon de Bâle s’est clos, ponctué de son cortège de rumeurs et d’intoxications habituelles.

Parmi les faits à relever et en marge des nouveautés, il en est un qui suscite d’ores et déjà nombre de discussions et débats enflammés parmi le cercle des amateurs et passionnés d’horlogerie : l’annonce du lancement par Patek Philippe de son propre Poinçon pour tous ses mouvements mécaniques dès à présent. .

L’étape franchie par cette référence absolue dans le domaine de l’horlogerie fine signifie, du même coup, l’abandon progressif du Poinçon de Genève auquel Patek Philippe a largement – et majoritairement – contribué depuis 1886 ! C’est, au fond, un symbole qui se lézarde, s’effondre ou évolue, selon le point de vue.

Les certifications en vigueur dans le monde horloger ne manquent pas. Qualitatives, ouvertes à tous ou limitées au-travers de leur origine géographique, elles témoignent soit d’un degré élevé de bienfacture, soit de la précision de marche ou combinent encore les deux facettes (Poinçon de Genève, Qualité Fleurier, Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres).

Cet emblème qu’est Patek Philippe ouvre la voie – c’est une première – au lancement d’un poinçon propre et exclusif. On ne saurait exclure que d’autres, bien que potentiellement très peu nombreux, s’ inspirent de la démarche dans l’avenir.

Dans le cas qui nous occupe, la décision de la grande marque genevoise touche en outre au plus prestigieux des sceaux existants, une véritable icône sur laquelle picorent quelques marques tierces (Roger Dubuis, Gérald Genta, Vacheron Constantin et Cartier via son atelier chez R. Dubuis). Quels motifs à la décision de Patek Philippe ?

« Le nouveau label formule (…) une qualité allant bien au-delà de ce qu’édictent des prescriptions externes et normes officielles (…) Patek Philippe est une manufacture complète (…) De ce fait, les exigences de qualité propres à Patek Philippe ne se rapportent pas seulement aux mouvements ; elles touchent à l’ensemble de la montre finie ».

Si, sur le versant de la motorisation, Patek Philippe reprend l’essentiel des exigences imposées par le Poinçon de Genève, le label de qualité mis en place par la marque s’applique également à la totalité de la montre terminée, mouvement emboîté, et inclut les composants d’habillage (boîte, etc.). Ultime étape et critère, il englobe le service après-vente de la montre.

La certification, in fine, est coiffée par un Comité du Poinçon Patek Philippe, organe de contrôle interne garantissant le respect de toutes ses prescriptions.

Plusieurs constats factuels s’imposent au-delà des mentions ci-dessus, et en marge de toute considération purement technique et esthétique.

La marque à la Croix de Calatrava demeure très objectivement l’absolue référence dans l’univers horloger. La rigueur qualitative qui l’anime à tous les niveaux répond à une image de marque insurpassée, un véritable jalon que les rares compagnies actives dans le même segment de marché regardent avec envie. Patek Philippe, en termes d’image et de perception, dispose (à l’exception notable de Breguet) d’une large longueur d’avance sur elles : la marque peut largement se permettre de revendiquer ce témoignage d’indépendance et de crédibilité par le canal de son propre Poinçon. Ce dernier, en fait, consacre les contraintes que Patek Philippe s’impose tout au long du processus horloger, de la création au service effectué sur la montre sans limite dans le temps, en bien au-delà des exigences du Poinçon de Genève.

Ceci dit, sous un angle plus subjectif, il convient de relever malgré tout les quelques points suivants pour que le débat soit complet.

Dans l’environnement actuel, il n’est peut-être pas très confortable pour Patek Philippe – compte tenu de son statut - de certifier toutes ses pièces mécaniques d’un Poinçon genevois auquel Cartier (notamment) a accès pour une infinitésimale partie de production, réalisée dans son annexe de Roger Dubuis. Voilà qui vous met d’une certaine manière sur un même pied….

D’autre part, les remarques ne manquent pas chez les amateurs pour souligner le fait qu’un poinçon contrôlé en interne, fût-ce Patek Philippe, peut prêter le flanc à discussion vu sous l’angle de la légitimité : le Poinçon de Genève a valeur de certification neutre car indépendante.

On ne peut s’empêcher par ailleurs de se remémorer que Patek Philippe est en train de s’étendre fortement dans le Jura neuchâtelois, terre de main d’œuvre très qualifiée mais exempte d’appellation d’origine. Pour les uns, l’option choisie par la grande marque genevoise va lui permettre d’échapper en quelque sorte à l’obligation que lui impose le Poinçon de Genève d’effectuer toutes les opérations qui lui sont liées sur sol genevois. On précise cependant chez Patek Philippe que le processus régissant le label « maison » sera principalement mené à Plan-les-Ouates.

Enfin, au-delà de leur impact direct sur le produit horloger, les certifications ont parallèlement toujours été utilisées par les marques en tant que leviers marketing. Si Patek Philippe peut se permettre objectivement ce genre de démarche, cette dernière s’inscrit malgré tout dans un environnement horloger en évolution et hyper-concurrentiel. En parallèle au passage de témoin entre Philippe Stern et son fils Thierry, annoncé simultanément, le lancement du poinçon permet à la marque de souligner avec force les facteurs de différenciation et d’indépendance.

Ainsi qu’une longueur d’avance qui paraît pour le moins difficile à combler pour les quelques marques régatant dans le même segment.

Par Pascal Brandt

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