Billet Horloger

Salon horloger de Bâle : À l'heure du retour de manivelle

25 mars 2009

La grand’messe bâloise démarre le 26 mars.

Une semaine durant laquelle le Salon mondial de l’horlogerie confinera au test grandeur nature permettant de prendre le pouls de la décélération : forte, ou vertigineuse ?

Le tour de table lancé par L’Agefi la semaine dernière auprès de quelques grands détaillants et chaînes ne laisse pas planer de doute : délégations revues à la baisse, budgets mesurés voire serrés, recentrage sur un nombre restreint d’emblèmes.

Rien de nouveau sous le soleil en vérité. Quoique…

On prête à juste titre une grande attention au terme de la chaîne, aux marques et à leurs ventes, au produit terminé et à son écoulement sur les marchés par des voies qui aujourd’hui, à défaut d’être recensées parmi les canaux classiques de la distribution, permettent au moins de grappiller un minimum de cash. A ce jeu, tapez google-discount-swiss-luxury-watches si vous n’avez rien de mieux à faire.

Mais on peut aussi s’intéresser à ce qui se passe en amont, en marge du jeu des inévitables et hypothétiques pronostics et sachant par ailleurs que l’événement consacrera un consumérisme en net fléchissement. C’est nettement moins médiatique qu’une blonde se faisant tirer le portrait en affichant son poignet au bord d’une piscine, mais nettement plus pertinent.

Car la perte de valeur, d’emplois et de savoir-faire ne touche pas seulement en aval les manufactures et autres marques spécialisées dans l’emboîtage. Elle frappe de plein fouet cette nuée de sociétés, petites et plus grandes, qui ont rang de fournisseur et de sous-traitant.

Généralement peu mis en évidence, souvent relégués à la pénombre, mais partenaires obligés et indissociables de chacune des marques, ils ont crû sous l’effet d’un enthousiasme parfois candide, et sous la pression plus ou moins directe d’une clientèle avide d’être livrée en composants et/ou services de toute nature dans les plus brefs délais.

Beaucoup ont consenti des (lourds) investissements dans le développement de leurs capacités humaines et de production au cours des dernières années afin de satisfaire aux desiderata de clients pressés. D’autres, dans les services par exemple, ont tout simplement tenu leurs engagements.

Pour nombre d’entre eux aujourd’hui, la désillusion est grande. Parcs de machines surdimensionnés, capacités sous-exploitées, endettement costaud, traites et intérêts divers à honorer …. Pour ce qui est par contre du règlement de leurs prestations en suspens depuis des mois, le silence est souvent roi à l’autre bout du fil.

Voilà qui n’empêchera pas leurs débiteurs de refaire le monde du luxe vrai à un parterre de clients polis, pas dupés toutefois par les boniments qui leur seront servis entre sourire avenant, discours emphatiques et coupes de champagne. Pendant ce temps, à l’autre bout de la chaîne se dessèchent ceux qui leur ont permis de faire illusion dans les halles rhénanes. Cette situation, peu saine en vérité, va être quittancée.

Les interlocuteurs de L’Agefi ne disent d’ailleurs rien d’autre lorsqu’ils évoquent un recentrage sur les marques inspirant la confiance, en abandonnant celles dont la santé financière est déficiente. Il y va aussi pour la distribution d’une crédibilité à préserver, écornée qu’elle a pu parfois être par certaines sociétés « écran de fumée » qui ont fait illusion ces dernières années. Leur élagage est programmé.

Personne dans l’industrie ne souhaite la disparition de qui que ce soit parmi les compagnies et marques existantes, du moins officiellement…. Toutefois, force est d’admettre que ces dernières années furent aussi celles d’un certain nombre d’abus. Leurs géniteurs ont tout à craindre du retour de manivelle en cours.

Illustration : Géricault, Le Radeau de la Méduse

Par Pascal Brandt

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