Billet Horloger

La "Haute Horlogerie" est-elle soluble dans le tourbillon ?

16 février 2009

Le Salon Mondial de l’Horlogerie de Bâle approche, l’industrie dans son entier attend cette échéance pour y lire l’avenir comme dans les marcs de café. L’événement bâlois, représentatif de l’entier du spectre horloger et de ses positionnements, marquera-t-il l’annonciation d’une timide reprise, ou la confirmation d’une stagnation durable ?

Au-delà des interrogations immédiates relatives à la marche des affaires, la crise a ceci d’intéressant qu’elle suscite et cristallise nombre de doutes, d’interrogations pertinentes.

Le cas du tourbillon est à cet égard intéressant. Géniale invention de et à l’époque d’Abraham-Louis Breguet, il est aujourd’hui sujet à débats et réflexions incessants aussi anciens que l’horlogerie. S’ils sont souvent atténués en période de haute conjoncture, les voilà brusquement ravivés et exacerbés par les tensions économiques. Le cas particulier du tourbillon cristallise soudainement des antagonismes sensiblement plus larges qui portent sur l’ensemble de l’industrie et de ses acteurs, mettant sous la lumière clans et chapelles.

Le tourbillon…. Doué d’une fonction utile, ou micro-mécanisme purement ludique qui prend des allures d’exercice de style dans ses diverses variantes ? Le débat n’est plus vraiment là aujourd’hui.

La bonne réflexion est de se demander si le tourbillon est l’apanage nécessaire et obligé d’une élite figée dans sa gangue « d’authenticité manufacturière », ou un système de régulation exploité par une bronca d’usurpateurs ?

Flashback.

Les années d’euphorie ont consacré l’avènement massive du système à tourbillon dans les catalogues, banalisant de facto ce qui était l’attribut d’un cercle restreint de marques jusqu’à la fin des années 90. L’accès au mécanisme s’est ouvert par la grâce de différents fournisseurs et fabricants, qui ont autorisé au plus grand nombre l’accès à ce qui demeurait un mécanisme rare.

Cette évolution, bien évidemment, ne fut pas pour plaire aux tenants de la « légitimité », selon la terminologie officielle en vigueur.

Débordée sur ses flancs, privée de l’un de ses piliers majeurs et emblèmes parmi les plus forts - du moins sous l’angle du marketing, la « Haute Horlogerie » ne voit certainement pas d’un mauvais œil aujourd’hui l’impact potentiel de la crise ambiante sur nombre de petites marques nouvelles, jeunes et prises à la gorge. Elle lui offre un répit, ainsi que l’opportunité temporaire de remettre en selle un discours arguant du « retour aux valeurs fondamentales », entendez par là « à chacun sa place ». Le marché encombré de sociétés ayant prétendu accéder au pinacle par l’usage – notamment - du tourbillon subira un nettoyage perçu par une minorité comme salutaire.

Il est certes plus aisé de dénoncer les usurpateurs supposés que de se remettre en question. De même, il est vrai que nombre de sociétés ont usé et abusé du levier « tourbillon » pour se propulser telles des météorites au sommet, sans création de valeur réelle et sur la foi d’une clientèle candide. Il en est aussi en revanche qui ont démontré avec talent que l’absence d’histoire et de tradition n’est pas synonyme automatique d’imposture : ce ne sont pas les créations à forte valeur ajoutée et authentiques innovations qui ont manqué durant les années d’euphorie. Cette dynamique, en sommeil pour l’instant, ne manquera pas de ressurgir dans l’avenir sitôt la reprise des affaires.

Mais au fond, c’est aujourd’hui le concept même de « Haute Horlogerie » qui s’en trouve bousculé, pour ne pas dire ébranlé sur son piédestal. « Lorsque l’eau se retire, elle révèle ceux qui se baignent nus », lâchait récemment un patron de marque.

Pour les uns, « newcomers » qui ont abusé au cours des 8 dernières années d’un statut factice d’icône du « luxe vrai », « unique » ou seul « authentique », le jeu touche à sa fin sous réserve d’une vitale recapitalisation. Pour d’autres, dépositaires et représentants autoproclamés de la vérité horlogère et de « l’authenticité manufacturière », les rentes de situation et autres fonds de commerce élimés n’échapperont pas à devoir passer sous les fourches caudines d’une créativité autre que les revivals vintage ou séries strictement limitées à coups de cadrans colorisés.

Le minimum en somme, lorsqu’on se targue d’une tradition historique et innovatrice vieille de quelques centaines d’années….à ces prix surtout !

Au fait, le tourbillon… Doué de fonctions réglantes réellement éprouvées ou micro-mécanisme purement ludique qui prend des allures d’exercice de style dans ses diverses variantes ?

 Par Pascal Brandt

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