Billet Horloger

Ces quotas qui inquiètent Paris..... mais pas les chômeurs suisses

20 février 2014

Dans le dernier n° de l'hebdomadaire Suisse pro-européen "l'Hebdo" un article titré "Ces quotas qui inquiètent Paris" s'inquiète pour les horlogers formés au Lycée Diderot de Paris par rapport à la récente votation sur l’immigration de masse qui a été accepté dernièrement.
Ce billet d'humeur n'engage que moi.

Je vais passer un peu en revue cet article rédigé par un journaliste français qui ne doit pas savoir ce qui existe comme écoles et formations horlogères en Suisse.

L'article débute par "Le lycée Diderot délivre une formation supérieure, dont la réputation a traversé les frontières."
Cette formation s'effectue en deux parties, deux ans d'apprentissage et deux ans de BMA (brevet des métiers d'art).
Les deux premières années sont à peu de chose près l'équivalent de la nouvelle formation d'opérateur en horlogerie (AFP 2ans) et les quatre années misent ensemble correspondent à une formation d'horloger praticien en Suisse qui elle est dispensée sur trois ans.

J'ai trouvé un programme de la première année de BMA ici qui est sensé être supérieur et faire saliver tout les dirigeants des entreprises horlogères suisses. On peut constater que les apprentis ont 10 heures de pratique, en Suisse, en général, dès la première année les futurs horlogers ont 24 heures de pratique par semaine.
Les plans de formations suisses.

Je ne veux pas dénigrer ce Lycée qui forme probablement de bons horlogers mais je m'élève contre la forme de l'article qui veut en faire une formation supérieur à ce qui ce fait en Suisse.

lutins horlogers

Un autre petit passage : "Un petit jeune un peu trop sûr de lui : "Nous, on apprend le métier d’horloger par passion, on fait deux ans d'apprentissage puis deux ans de BMA», ...... «En Suisse reprend-il, c’est souvent par dépit qu’on choisit l'horlogerie, on suit une formation rapide"
Mon cher Paul, la formation rapide en Suisse c'est la formation de deux ans qui correspond à opérateur en horlogerie qui elle correspond à vos deux premières années d'apprentissage et qui, normalement, est destinée aux élèves ayant des difficultés scolaires.

En 2013, 252 élèves ont fini avec succès une formation horlogère de trois ou quatre ans en Suisse, donc le manque de passion et la formation rapide, c'est pas ici que tu la trouveras et la motivation des horlogers français est probablement à chercher de ce côté ci: le salaire d'un horloger débutant en France est de 1426 euros, en Suisse, pour le canton de Vaud il est de 4240.-CHF soit environ 2,5 fois plus pour débuter.

Quand l'industrie horlogère dit qu'elle manque de personnel, il faut voir de quelle catégorie de personnel on parle.
Qu'observe t-on actuellement ? Une accélération de l'introduction des postes séquentiels pour une plus grosse production et pouvoir utiliser des personnes peu ou pas formée que l'on formera en deux ou trois mois pour une seule opération de montage. Cela va de soit que ces personnes sont moins bien payées que des horlogers diplômés (3540.-CHF pour Vaud CCT 2014 de l'horlogerie). Cette évolution, si on peut parler d'évolution, se fait également dans les plus prestigieuses marques de haute-horlogerie.

Il faut se rendre compte que lorsqu'une entreprise ouvre une usine à 6km de la frontière française, ce n'est pas pour l'excellence de la formation dispensée en France. Quand on constate que dans le canton de Neuchâtel il y a un chômage de 5,8% soit plus de 5000 chômeurs ou que dans le canton de Genève il y a plus de 13'000 personnes sans emploi, on ne va pas me dire que dans ce nombre il n'y a pas assez de personnes qui pourrait être formées en interne sur des tâches ne requerrant pas de qualifications spécialisées. Ce ne sont quand même pas tous des ingénieurs aux chômage !

Dans l'article, 
"...quatre jours après le vote des Suisses contre l’immigration de masse, un chasseur de têtes mandaté par des entreprises horlogères helvétiques devait rendre visite à la classe préparant en deux ans au brevet des d’art (BMA), équivalent à un baccalauréat. «La fille de ce monsieur était malade, il n’a pas pu venir», rapporte l’enseignant. «Une dame envoyée par des Suisses voulait aussi se déplacer pour recruter. Cela fait déjà deux personnes qui s’intéressent à nous »"
Donc soit les chasseurs de têtes sont français et font de la préférence nationale soit ils ont une méconnaissance totale de la formation horlogère en Suisse, personnellement j'opte pour les deux.
A une époque, les entreprises venaient chercher les horlogers dans les écoles suisses, maintenant c'est terminé (en tout cas à Genève). Est-ce dû à l'externalisation des ressources humaines vers les agences de travail temporaire ou au manque de postes pour des horlogers qualifiés je ne le sais pas mais je constate que les élèves ont moins de facilité à trouver tout de suite un poste en sortant de l'école.

J'ai discuté récemment avec un collègue horloger, après quelques années de travail à l'étranger il est revenu en Suisse, il a mis 17 mois à retrouver du travail !

Que ces futurs quotas inquiète Paris, probablement et même sûrement mais personnellement je vais dire heureusement, lorsque tout les horlogers formés en Suisse auront trouvés un emploi dans nos prestigieuses marques horlogères, l'Etat pourra alors ouvrir la vanne et donner des permis pour compléter le manque mais avant, priorité aux résidents. C'est juste du bon sens.
Bien calfeutré dans leur bureau, c'est ce que les dirigeants d'entreprises n'ont pas compris ou pas voulu comprendre et ça leur a explosé à la figure.

Un interview très intéressant et dissonant de Nick Hayek sur le résultat de cette votation, à lire ici

Eric Cosandey

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