Billet Horloger

Nouvelle certification dans le paysage horloger suisse

4 avril 2014

Observatoire chronométrique+ : c’est ainsi que Timelab a nommé la nouvelle certification qui remplace dans ses murs le COSC. Nouveautés : les tests se font sur la tête de montre et au sein-même des manufactures. Le succès sera-t-il au rendez-vous ?

logo observatoireLe petit monde des certifications horlogères suisses s’agrandi. Après avoir vu le bureau régional du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) quitter sa structure pour s’installer à St.-Imier à fin 2012, le Laboratoire d’horlogerie et de microtechnique de Genève (Timelab) a décidé de réagir en créant le poinçon Observatoire Chronométrique+. Basé sur la norme ISO 3159 – utilisée également par le COSC –, ce label de qualité s’étend cependant à d’autres critères touchant à la tête de montre. Mais la véritable nouveauté réside dans le processus : celui-ci se fera in situ, évitant ainsi aux manufactures des déplacements de marchandises périlleux, couteux et chronophage. Si la démarche novatrice est à saluer, les quelques marques questionnées à Baselworld sont restées perplexes, voire incrédules.

Des débuts mouvementés

Instituée par le Grand Conseil genevois en décembre 2008 et inaugurée en juin 2010, Timelab est une fondation de droit privée dotée, à sa création, de 2,35 millions de francs. La loi cantonale la concernant précise que « l'Etat de Genève délègue au Laboratoire d'horlogerie et de microtechnique de Genève la mission d'exploiter : a) le Bureau du poinçon de Genève (…) ; b) le Bureau officiel de Genève chargé d'assurer le contrôle officiel de la marche des chronomètres (…) ; et c) l'unité de compétence chargée de contribuer au développement de la formation professionnelle, de la recherche appliquée et du développement en horlogerie et microtechnique, ainsi que d’offrir aux entreprises et aux particuliers un service public par la mise à disposition d'un laboratoire de métrologie. » De plus, le législateur souligne que « le Laboratoire est chargé d'assurer et de promouvoir ses activités. »

Or, si après un lifting complet en 2011 pour ses 125 ans, le Poinçon de Genève semble se porter comme un charme – grâce peut-être à l’électrochoc subit en 2009 suite à la défection de Patek Philippe –, il n’en va pas de même des deux autres piliers de Timelab : l’unité R&D ne brille pas par son actualité débordante et le COSC a déménagé sous d’autres cieux. Ainsi, contraint par la loi-même qui l’a porté sur les fonds baptismaux, l’institution se devait donc de riposter. « Dès que nous avons su que le COSC allait partir, nous avons contacté le Service d’accréditation suisse (SAS) », explique Laurent Oberson, directeur de Timelab. C’est en effet pas moins de quatre audits que le laboratoire s’est imposé pour élaborer la nouvelle certification Observatoire Chronométrique+ : ISO/CEI 17065 Certification produit, ISO/CEI 17025 STS Laboratoire d’essai, ISO/CEI 17025 SCS Laboratoire d’étalonnage et ISO/CEI 17020 Inspection.

Une volonté d’innovation

« Nous sommes les premiers à faire ça », insiste Laurent Oberson. Sur le fond d’abord : bien que reprenant la norme ISO 3159 définissant le chronomètre, les tests de qualité s’attachent à la montre terminée – contrairement au COSC, qui ne vérifie que le mouvement. De plus, d’autres critères de fiabilité sont pris en compte, comme l’étanchéité, la résistance aux champs magnétiques, la réserve de marche et le comportement au porté. Sur la forme ensuite : si les petites marques ont la possibilité de confier leurs montres à Timelab, les plus grandes manufactures peuvent installer, à l’interne, un laboratoire ad hoc. « Un peu sur le modèle du Contrôle fédéral des métaux précieux, qui possède ses petites ambassades au sein des marques, explique le directeur. Les tests s’effectueront par du personnel de la société formé par nos soins, et la surveillance se fera à distance. »

Reste à savoir si l’initiative aura du succès. « Nous avons 25 montres déjà réservées, s’enthousiasme Laurent Oberson : les pièces de l’Ecole d’horlogerie de Genève, que les étudiants présenteront en juin pour leur diplôme. » Au-delà, dans un contexte de ralentissement de la croissance et de resserrement des critères du label Swiss made, la nouvelle certification aura cependant de la peine à se faire une place. A la tête de H. Moser & Cie, une petite marque qui produit quelque 1500 pièces par an, Edouard Meylan est perplexe : « Aucun de mes clients n’a jamais demandé de certification, assure-t-il. La marque en elle-même est un gage de qualité. Et si je devais un jour adopter un label autre que le Swiss made, ce serait quelque chose du genre Precision Engineering Inside (ndlr : l’entreprise propriété de Moser qui réalise ses organes oscillants). A l’autre extrémité de l’éventail horloger, Breitling, 200'000 montres par années toutes cosquées, se montre tout aussi dubitatif. Tout en avouant ne pas encore connaitre Observatoire Chronométrique+, Jean-Paul Girardin, vice-président, lance : « Nous n’arriverions pas à faire les volumes que nous faisons avec des têtes de montres : pour peu que le cadran soit serti ou dans une couleur spéciale, les tests sont ralentis, voire impraticables. Par ailleurs, la multiplication des labels finit par perdre le consommateur, qui n’y comprend plus rien. A mon avis, avec le Swiss made, le COSC et le Poinçon de Genève, l’horlogerie suisse a ce qu’il lui faut. »

Par Fabrice Eschmann

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