Billet Horloger

Petits mensonges entre amis

12 mai 2012

Aux Etats-Unis, le mensonge est vrai péché, voire un crime. Dans l’horlogerie, certains menteurs invétérés sont écoutés, respectés. On se gausse de leurs exploits, on les admire d’avoir osé. Petits mensonges entre amis…

Ceux qui s’affirment manufacture alors qu’ils ne sont qu’assembleurs ont de fortes chances d’être démasqués. Idem pour ceux qui s’intronisent designers alors qu’ils ont fait leur marché auprès d’indépendants, qui s’inventent des calibres là où ce sont les méninges de la sous-traitance qui se sont creusées, qui externalisent leur R&D tout en se proclamant rois de la complication. Leur marge de manœuvre se réduit comme peau de chagrin, surtout s’ils se prennent au sérieux.

Coupable fascination
Ceci dit, nous sommes tous complices et ce réflexe admiratif remonte à nos enfances. Il semble même inhérent à notre humaine condition. Oui, on a tous eu dans une classe, un élève effronté, capable de tenir tête au professeur et, pour le plus grand plaisir de la galerie, de lui mentir avec aplomb. On a tous souri à ses exagérations, à ses petits arrangements avec la vérité. Aurions-nous de naturelles inclinaisons pour le subversif au point d’admettre le mensonge comme acte de saine rébellion? Nous nous sommes tous gaussés des exploits et des fanfaronnades de ces êtres doué de charisme qui, ayant fait de l’art d’abuser leur seconde nature, finissent par croire eux-mêmes à leurs affabulations. Ils vous regardent les yeux dans les yeux, vous leur donneriez l’absolution sans confession. Ils vous font toutefois avaler des sornettes si énormes qu’après coup, vous vous souriez à vous-même d’avoir pu y adhérer, de vous être à ce point laissé embobiner. Ce genre d’énergumène, rarement aussi prolixe que lorsqu’il peut s’appuyer sur un public, ça vous égaie le quotidien, ça vous saupoudre de piment le ronron existentiel.

S’il est rare qu’on en veuille longtemps au menteur patenté, même s’il vous a confondu avec le dindon de la farce, il finit un jour par vous lasser. Surtout si, après vous avoir roulé dans la farine, vous l’observez tenter de refaire le coup à d’autres auditoires, conscient qu’avec vous il a poussé le bouchon un peu trop loin. Il s’agit clairement d’une pathologie. Ceux qui manient ainsi l’imprécision et le flou, abusant sans retenue du plausible, font en définitive du tort à leur corporation.

Vérité toujours fréquentable
L’horlogerie, comme tout microcosme qui se respecte, sait très bien qui dans ses rangs sont ses exagérateurs en chef. Elle les laisse faire, s’en amuse même, parce que le culot de l’autre fascine, surtout dans un contexte où l’uniformité prévaut et où les liens d’affaires sont entremêlés. Faut-il admirer ces faussaires ad aeternam? Non, parce que de moins en moins de publics sont susceptibles de tomber dans le panneau. Une multitude de collectionneurs se lève, armée de plus en plus de connaissances, au point d’être même en mesure d’en remontrer aux professionnels de la vente en boutique. Avec la prolifération des outils de la connaissance, via les blogs et les forums, tout finit par se savoir. 

Il existe d’ailleurs certains lieux où tout se sait déjà. Des lieux sains, où il fait bon tendre l’oreille, écouter les discussions alentours, se nourrir des indices et des présences environnants. L’un d’entre eux, comme une virée en coulisses, vaut le détour: du 5 au 8 juin 2012 se tiendra pour la première fois à Genève, à Palexpo, le 11e salon international des sous-traitances, l’EPHJ-EPMT-SMT°. Autrement dit, environ 650 acteurs ayant tous un lien direct ou indirect avec l’horlogerie, attendent presque 13'000 visiteurs professionnels.

Ce salon est la plus grande manifestation professionnelle de Suisse. Sûr que dans le nombre de ses visiteurs, un chiffre en constante progression depuis 10 ans, se glissent de plus en plus d’aficionados, de collectionneurs, d’amateurs éclairés, de semi-professionnels… Des fouineurs prêts à taquiner les plis du rideau pour guigner ce qui se passe sur la scène, à descendre dans les loges et les espaces backstage, pour croiser leurs icônes. Dans les couloirs de ce salon, il sera difficile de garder un secret. Avis aux tricheurs et aux menteurs… Autant tout dire avant, autant révéler – ce qui ne signifie pas trahir les secrets d’une recette - les talents qui vous valent les lauriers que vous portez, les noms de ceux qui, à votre place, ont mis les mains dans le cambouis. Rassurez-vous, le rêve qui se dégage de votre image et de vos produits ne sera pas ébréché. La vérité, quand elle est bonne à dire, cimente les mécanismes de la confiance.

° Salon EPHJ-EPMT-SMT, Environnement Professionnel Horlogerie et Joaillerie, Environnement Professionnel MicroTechnologies, Swiss MedTech

Par Joël A. Grandjean /TàG Press +41

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