Billet Horloger

Swiss made, un faux combat ?

24 avril 2010

Le renforcement des critères d’obtention du swiss made, voulu en 2007 par la FH –Fédération Horlogère Suisse, a du plomb dans l’aile? A moins qu’un lobby horloger ne se crée et ne parvienne à influencer la Coupole. Encore faudrait-il qu’il pose les vrais problèmes et se risque à adapter ses propositions.

Certes, le swiss made s’obtient trop facilement, s’apposant à tout va sur des montres qui, parce que le coût de la main d’œuvre helvétique est tellement supérieur à celui de régions sous-traitantes, obtiennent le précieux sésame en tirant un peu par les cheveux. Exemple? A-t-on le droit de dire que tel mouvement quartz est swiss made, parce que le simple geste de placer en Suisse une pile à l’intérieur, représente une «valeur» dépassant le 50% de son coût de revient dans l’usine thaïe du grand groupe horloger suisse d’où il sort ? C’est un cas de figure, il y en a bien d’autres. Quoiqu’il en soit, la législation suisse l’autorise, révoltant certains, arrangeant les autres.

Les dessous d’un vote.

Le débat pour changer la législation et augmenter le pourcentage autorisé de l’helvète «teneur» des produits horlogers swiss made est sur les rails, depuis que la FH, Fédération Horlogère Suisse a voté, en juin 2007, lors de son assemblée générale. A l’unanimité? En tous les cas, sur les 60 délégués votant pour le compte de 600 membres environ, 52 étaient pour. Précisons que chaque voix n’est pas égale puisque la voix des grands comptent plus. Ainsi, les groupes Swatch et Richemont, ainsi que Rolex, firent bloc.

La plupart des opposants, principalement apparentés au segment du volume, se sont tus. Tant par privation de voix (propre au système de vote de la FH), que par «peur des représailles» murmurait-on dans leurs rangs mutiques. Peur par exemple de s’opposer frontalement au Swatch Group, leur fournisseur en mouvements ETA. Un groupe qui, soit dit en passant, aurait rejoint le camp des favorables sans trop de gaieté de cœur... Et pas seulement avec la seule motivation de la justesse du geste… 
En votant pour, Hayek sait qu’il affaiblit de facto tout un faisceau de marques dites «de volume». Certes, des marques qui dépendent partiellement de ses livraisons de mouvements, mais surtout qui butinent les mêmes fleurs que ses mamelles financières que sont Tissot, Omega ou Longines. Encore aujourd’hui, trois ans après ce vote, les opposants sont restés faiblards en solutions alternatives de production à grande échelle. Leur tentation de jouer plus facilement le jeu de la délocalisation est grande, sans pour autant vouloir ou devoir renoncer au swiss made. 

Que les opposants se rassurent, la partie n’est pas gagnée. 

Becs cloués en 2007, les opposants pourraient reprendre la main, courroux de Bruxelles aidant. L’UE juge cette «lex luxus» euro-incompatible. En outre, le facteur temps dira son mot: même si la FH tente d’obtenir un délai de cinq ans, il faut une presque décennie pour qu’un Conseil Fédéral normalement constitué révise une ordonnance. Assez de temps pour tergiverser, sur fond de libre échange, entre ‘doux-yeuxeries’ bruxelloises et nationalisme électoral. En fonction de l’enjeu d’alors, face aux intérêts fédéraux, quel poids aura dans le cadre d’un ‘marchandage’ portant sur plusieurs objets, la volonté d’une corporation somme toute principalement romande, dépourvue de surcroît de lobby? Le swiss made renforcé sera-t-il un jour en vigueur? Rien n’est moins sûr… D’ici là, il appartient aux marques suisses de prendre leurs responsabilités. Et tant mieux si Hayek se voit contraint de montrer l’exemple….

Appellation contrôlée, horlogerie de terroir.

De plus en plus de voix, auxquelles j’adhère sans réserve, prônent la mise sur pied d’une AOC. Car dans l’univers globalisé, les terroirs ont encore de beaux jours à vivre, et  leurs expressions sont une réponse crédible à l’affaiblissement inéluctable des labels hérités d’une époque où le jeu des taxes douanières dictait les règles, imposant qu’on appose clairement la provenance de production des biens… Rappelons que le swiss made était au départ une malédiction: il nous avait été fourgué notamment par les Etats-Unis qui pouvaient ainsi mieux nous taxer.

Les marques de niches, dans le segment du haut de gamme, se passent déjà volontiers du label swiss made, qu’elles considèrent comme trop édulcoré. Leurs démarches jusqu’au-boutistes les entraînent beaucoup plus loin que les obligations de leur législation. Elle font alors parfois appel à d’autres labels, beaucoup plus forts, tels les poinçons. En ce sens, l’appellation «bio» de la montre suisse, telle que définie pour la première fois par Gil Baillod sur ce même site, a quelque chose de visionnaire: «débarrassée des fertilisants contraires à sa nature…». On en revient à la notion d’AOC qui offre un autre avantage. Celui de botter en touche la vision blochérienne du problème, qui placerait l’horlogerie dans un fourre-tout swissness patriotiquement correct.

Commentaire: une balle dans le pied!
Certains débats ‘de l’intérieur’ mériteraient de ne jamais descendre sur la voie publique. Tout partait d’une bonne intention, d’une aspiration naïvement légitime à plus d’honnêteté face au consommateur. Or ce même consommateur, surtout s’il est lambda et non-initié, découvrait avec stupéfaction et désappointement que ce qu’il croyait pur est passablement dilué. Erreur de communication, la branche s’est tirée une balle dans le pied! «Ah bon, une montre swiss made n’est pas produite à 100% en Suisse?» Telle fut la réaction la plus répandue d’un grand public pourtant habitué aux 0,3% de concentré d’oranges véritables dans une boisson vendue comme pur jus de fruit. Autrement dit, pour lui, le swiss made était sacré. Et parce que ce combat qui n’aurait pas du sortir du cercle professionnel a été médiatisé, il est déçu. La solution AOC permettrait donc de remettre les pendules à l’heure, de repartir du bon pied…

Par Joël A. Grandjean /TàG Press +41

Swiss made, ce que dit la loi (ordonnance fédérale)

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