JSH Histoire

Historique de la montre à remontage automatique (1946)

13 décembre 2013

Abraham-Louis Perrelet du Locle (1729-1826) inventeur de la 'montre à secousses' aux environs de 1770.

L'INVENTEUR DE LA MONTRE A SECOUSSES
La recherche de l'automaticité dans le remontage de la montre est ancienne. Breguet donnait à ses montres possédant un tel mécanisme le terme de « perpétuel », mais rien en ce monde n'est perpétuel, en tous cas pas un appareil mécanique. 
Son inventeur l'appelait « montre à secousses », les Anglais, un « pédomètre » (pedometer type of selfwinding), étant donné que c'était par les secousses de la marche qu'elle était remontée. Toutefois ce dernier terme était mal appliqué, le pédomètre étant un compteur de pas basé sur le même principe.
Quel fut l'inventeur de la « montre à secousses » ?
C'est une erreur de prétendre, comme on le lit fréquemment, que c'est Breguet.
Le premier qui construisit de telles pièces fut

ABRAHAM-LOUIS PERRELET
Arrêtons-nous un instant sur le nom de ce célèbre et modeste horloger du Locle, né en 1729 et décédé en 1826. Malgré qu'il soit bien connu, ce n'est jamais de trop de relever les mérites d'un tel homme.

Perrelet, dit l'Ancien, a été un horloger qui, par ses découvertes, donna une forte impulsion à la fabrication de l'horlogerie au Locle. On lui attribue l'invention de la machine à raboter les dentures, qui précéda la machine à arrondir, et l'outil à planter. Chercheur continuel, il essaya une quantité de systèmes d'échappements. Il ne pensa, sans doute, pas même à faire protéger ses inventions, car, homme de cœur, il fut, pour ainsi dire, pendant de longues années, le maître de tous les horlogers du Locle. Il forma beaucoup d'élèves qui lui ont fait grand honneur, citons Jacques-Fréderic Houriet et son petit-fils Fréderic-Louis Perrelet.

On ne connaît pas de « montres à secousses » faites par Perrelet, car il vendit ses premières montres au grand horloger neuchâtelois, établi à Paris, Abram-Louis Breguet (1747-1829) et à Louis Recordon (1778-1824) à Londres.

Les renseignements que nous donnons à ce sujet, ne sont pas des « on dit »; nous les puisons à une source certaine dans le livre « Biographies neuchâteloises ». 
Cet écrit, qui date de 1863, a été fait d'après Henri-Ernest Sandoz, du Locle, qui connut Perrelet. Il dit textuellement : « Ce fut lui (Perrelet) qui inventa les montres perpétuelles ou à secousses, qui se remontent d'elles-mêmes par le mouvement qu'on leur imprime en les portant. 
Les premières qu'il construisit furent achetées par Breguet et par un nommé Recordon qui habitait Londres ; elles étaient d'un usage assez commode (sauf la grosseur) et il leur avait adapté un appareil qui permettait de les remonter avec une clef lorsqu'il ne les portait pas ».

A part cet écrit, nous possédons d'autres preuves, dans l'histoire de la vie de Breguet, des relations que ce dernier eut avec Perrelet. En quelle année Perrelet inventa-t-il ce mécanisme ? Nous ne pouvons affirmer une date, car la documentation à ce sujet fait défaut, en tous cas avant 1780.

SON PERFECTIONNEMENT
Qu'Abram-Louis Breguet construisit d'autres systèmes de montres perpétuelles, différents de la pièce de Perrelet, rien d'impossible. Le livre sur Breguet de sir David Salomons, ne reproduit pas moins de onze montres perpétuelles qui toutes sont différentes.


Abram-Louis Breguet des Verrières (1747-1823) perfectionna en 1780 à Paris, la montre à remontage par des secousses, à qui il donna le nom de « montre perpétuelle »

On sait, en effet, que Breguet était un grand chercheur et qu'il a enrichi d'une multitude de procédés nouveaux le commerce de l'horlogerie, la navigation, l'astronomie et la physique. Il s'installa à Paris en 1775 et, d'après les indications de son petit-fils, c'est vers 1780 qu'il perfectionna la montre dite « perpétuelle ».

De son côté, Louis Recordon chercha aussi un perfectionnement et, en 1780, il prit un brevet pour un mécanisme de montre perpétuelle. Si bien que les Anglais pensent être les premiers à avoir inventé la montre perpétuelle. Recordon a succédé, en 1806 environ, à Emery in Cockspur St., maison qui exportait des montres en Chine, mais il quitta Londres vers 1814. 
On a peu de renseignements sur Recordon. C'était sans doute un Suisse établi sur les bords de la Tamise. Ce nom était déjà répandu à Genève au XVIIIe siècle, nous avons retrouvé plusieurs Recordon aux Archives d'Etat et une minute d'un notaire de 1758, nous apprend qu'un François-Louis Recordon était originaire de Sainte-Croix, baillage d'Yverdon.

F.-J. Britten, dans son livre « Old Clocks and Watches and their Makers » donne quelques renseignements sur l'invention de Recordon, ainsi qu'un dessin, peu explicite. Le mouvement du corps, pendant le port de montre, était utilisé pour le remontage. Pour cela, un levier chargé d'un poids, pivotait à une de ses extrémités. Ce levier portait un bras courbe muni de dents à rochet qui venaient en contact avec un rochet à dents très fines et remontait le ressort.

La montre à secousses prit une grande extension et l'on vit, à la fin du XVIIIe siècle, toutes les maisons exportant en Orient, établir de tels systèmes. Ce fut le cas, en particulier, des Jaquet-Droz et Leschot, les célèbres horlogers neuchâtelois. 
Rappelons qu'Henry-Louis Jaquet-Droz (1752-1791) fonda sa maison de Londres, en 1773, il la transféra à Genève en 1784. 
Jean-Frédéric Leschot (1746-1824) travaillait avec lui, mais les montres portent surtout le nom de Jaquet-Droz London, car une succursale, dirigée par Henry Maillardet, était restée à Londres. 
Après le décès de Henry-Louis Jaquet-Droz en 1791, Leschot continua. Les livres de comptes de cette maison, que possède la Bibliothèque de Genève, indiquent nettement que les montres, même celles qui portent le nom de « London » étaient fabriquées à Genève. L'examen de ces livres nous apprend que les dernières montres perpétuelles établies par cette maison le furent en 1792. C'étaient 1 paire montres perpétuelles à secondes coulées à boîtes d'or émail bleu et peintes à sujet avec clef d'or et étui, Sterl. £ 49 10. 1 paire dites idem, émaillées à fleurons en arabes avec clef et étui, Sterl. £ 49 6.

Ces montres, expédiées le 23 janvier 1792, étaient entre les mains de Dd Duval, à Londres, pour le compte de la Maison Cox, Beale et Laurent, de Canton. Le Musée de Genève possédant d'autre part une montre française portant l'indication « L'an VII » (1798-1799), nous pouvons donc dire, sans grande erreur, que la vogue de la montre perpétuelle, à la fin du XVIIIe siècle, ne fut pas très longue, fort probablement une vingtaine d'années.

LE PRINCIPE D'UNE MONTRE A SECOUSSES
Ces différents points d'histoire établis, voyons quels furent les systèmes de cette époque.

Ils se ressemblent beaucoup les uns les autres : une masse, revenant en place par un ressort en forme de spirale, est pivotée sur un des côtés de la platine. Un rochet est solidaire à l'axe de cette masse ; il est placé à l'intérieur d'un petit tambour avec denture à rochet taillé en sens inverse. Un système de cliquets permet donc à ce tambour denté de ne tourner que dans un sens, c'est-à-dire lorsque la masse descend. Ce tambour porte généralement un pignon en rapport avec un engrenage démultiplicateur et une grande roue placée sur l'arbre de barillet, laquelle remonte facilement le ressort. 
Dans la règle générale, on ne pouvait pas remonter autrement la montre qu'en la secouant, il n'existait pas de carré de remontage pour la clef. Quels étaient les moyens utilisés à cette époque pour empêcher la surtension du ressort-moteur ?

Tous les constructeurs du XVIlle siècle se sont contentés de trouver un système qui arrête la masse au moment où le ressort est entièrement remonté. Les systèmes diffèrent certainement, mais le principe en est généralement le même : l'arbre de barillet est fileté entre un de ses pivots et le tourillon du barillet même. Sur ce filetage est vissé, assez librement, un disque limé en segment. Le barillet porte un plot, en général une vis, qui se place dans l'intérieur du segment. Lorsque la montre marche, le barillet tourne et le plot oblige le disque de descendre. Par contre, lorsqu'on remonte la montre, le plot restant fixe, dévisse le disque qui monte. En montant, ce disque soulève un large ressort portant à son extrémité une butée qui vient arrêter la masse de différentes manières. Parfois ce n'est qu'un simple freinage, mais Breguet a fait 1, 2 ou 3 trous dans la masse pour que la butée vienne s'y introduire.

LE MOUVEMENT LE PLUS ANCIEN CONNU
Examinons maintenant quelques montres perpétuelles du XVIlle.

Le mouvement le plus ancien à remontage par les secousses que le Musée d'horlogerie de Genève possède (section du Musée d'Art et d'Histoire), est une pièce signée Breguet à Paris. Nous ne pouvons affirmer que ce mouvement soit bien de la main du grand maître horloger, son nom ayant été insculpé maintes fois sur des montres ordinaires de concurrents peu honnêtes. Ce mouvement a cependant quelques particularités intéressantes

Tandis que la plupart des montres à secousses ont un échappement à cylindre, le plus souvent avec une roue de cylindre en laiton, ce mouvement a encore l'échappement à roue de rencontre. Or, les premières montres que construisit Breguet étaient à verge, et comme sa montre perpétuelle date du début de sa carrière, il est fort possible que cette pièce soit bien une des premières qu'il construisit.
D'autre part, sir David Salomons, dans son ouvrage sur Breguet, dit à propos de la montre perpétuelle : « Cette montre comporte deux ressorts moteurs qui sont remontés par le mouvement ascendant et descendant d'un poids en platine ou en or et platine, qui se meut lorsqu'on marche ; un quart d'heure de marche environ suffit pour le remontage complet ». 
Or, ce mouvement que nous décrivons a deux barillets, tandis que toutes les pièces que nous verrons par la suite n'en ont qu'un. A quoi pouvaient bien servir ces deux barillets ? On pourrait croire que les deux ressorts moteurs avaient pour but d'augmenter la force motrice, ou la durée de la marche de la montre. Il n'en est rien. Sur l'un certificat d'une montre de Breguet, il est indiqué que l'existence de deux barillets n'a ni l'une, ni l'autre de ces destinations. Ce qu'on a cherché, dit Salomons, c'est la réduction du frottement sur les pivots du pignon de centre. Dans le cas d'un barillet, le pignon en est repoussé avec une force considérable. Si un barillet est disposé sur les côtés opposés, de façon qu'il fasse tourner le pignon dans le même sens, cette pression sur les pivots est supprimée. Dans quelques chronomètres de marine, Breguet employa quatre barillets pour réduire le frottement et égaliser la force. Il s'ensuit donc que le frottement est diminué, ce qui contribue d'autant à la perfection et au bon résultat. On ne serait guère tenté de suivre cette théorie de nos jours.
Remarquons que le mouvement précité, à piliers et à échappement à roue de rencontre, n'a pas de fusée, comme c'est le cas habituellement avec cet échappement. L'un de ces barillets engrène avec un rouage de cinq pignons et quatre roues petites de diamètre. Le « nez » d'un ressort vient s'introduire dans les ailes du dernier pignon et fait l'effet de sautoir.

Fig. 3 et 4. La plus ancienne montre « perpétuelle A connue de Breguet, avec échappement à roue de rencontre, sans fusée, à double barillet, masse en laiton. Musée de Genève (Musée d'Art et d'Histoire, salle de l'horlogerie).

Dans cette pièce, la masse a une forme ovoïde (fig. 3), elle tient en hauteur tout le diamètre de la platine. Aucune butée à ressort n'est placée sur le mouvement, mais la boîte manquant, nous ne pouvons dire s'il en existait une à l'intérieur de celle-ci. La masse est en laiton, elle est lourde, elle a une épaisseur dans le bas de 5,7 mm. Ce n'est que plus tard que Breguet fit ses masses en or ou en platine, métaux qui ont une densité bien supérieure.
Le système d'arrêt de cette masse est différent de celui décrit et qui est devenu général. Une sorte d'arrêtage porte un plot qui vient appuyer sur une bascule, et, par un système de levier, fait sortir une forte cheville qui vient s'introduire dans un trou pratiqué sous la masse.
Le mécanisme de remontage est aussi différent de celui décrit. Nous le reproduisons (fig. 4). Un grand rochet A, à dents extrêmement fines ne peut tourner que dans un sens pendant l'oscillation de la masse, par un système de quatre cliquets.

Les montres perpétuelles de Breguet, reproduites dans le livre de Salomons, ont des masses de formes diverses, selon la complication de la pièce. Breguet ayant voulu construire des montres beaucoup plus plates, a introduit la masse à l'intérieur de la platine, ce qui l'a obligé de découper la platine. Nous reproduisons deux mouvements incomplets et d'auteurs inconnus, qui montrent bien la forme compliquée de ces masses (fig. 5 et 6).

Fig. 5 et 6. Deux mouvements incomplets d'auteurs inconnus, montrant les formes compliquées données aux masses pour obtenir des montres un peu plus minces. Musée de Genève.

LA MONTRE "MARIE-ANTOINETTE" DE BREGUET
Breguet utilisa le système de remontage par secousses dans des pièces de très belle qualité et tout spécialement dans la montre connue sous le nom de « Marie-Antoinette », qui est le chef-d'oeuvre de cet artiste. 

Elle fut commandée en 1783 pour un officier de la garde de Marie-Antoinette, à la condition que toutes les complications possibles et connues à l'époque y seraient incorporées. Partout l'or devait rigoureusement remplacer le cuivre ; aucune limite n'était imposée quant au délai de fabrication et au prix. 
La montre fut commencée en 1783 et terminée en 1802, mais entre ces deux dates se place la période révolutionnaire de 1789 à 1795, pendant laquelle le travail fut suspendu. C'est pendant cette période que Breguet se rendit en Suisse.

Le prix de revient s'éleva à 30,000 francs, la condition ayant trait au mécanisme en or fut scrupuleusement remplie. 
Cette montre était à répétition à minutes, calendrier perpétuel complet, équation du temps, thermomètre, développement du ressort, boîte d'or, cristal de roche sur les deux faces, un cadran en cristal de roche et un autre de rechange en émail blanc, dont l'un avec des chiffres en or, secondes indépendantes ; le mouvement entièrement fait en or, excepté les pièces qu'il fallait faire en acier, masse en platine, tous les frottements, les trous et les rouleaux en saphir, sans exception. 
Nous reproduisons (fig. 7) la partie postérieure de cette montre avec la vue de la masse.

LES MONTRES JAQUET-DROZ
Voyons maintenant quelques pièces d'autres constructeurs.

Henry-Louis Jaquet-Droz (1752-1791), constructeur de montres «perpétuelles »¬ remarquables fonctionnant encore de nos jours.

Les fig. 9 et 10 représentent une montre Jaquet-Droz avec seconde au centre. Le mouvement est à piliers avec échappement cylindre, roue de cylindre en laiton.

Fig. 9 et 10. Montre à remontage par les secousses dite « perpétuelle «, d'Henry-Louis Jaquet-Droz et Leschot, construite à Genève pour la maison de Londres. Collection W. H. Wilsdorf, Genève.

Un seul barillet, sans fusée. La masse, de forme ovale, est en or; elle pivote en A. L'axe du barillet est en B à l'extrémité d'un petit pont basculant autour d'une goupille C. Ce pont est soulevé par la pièce qui se dévisse pendant que l'arbre tourne, et un nez de ce même pont soulève à son tour le grand ressort D. 
La pièce E vient alors buter contre l'extrémité F de ce ressort et la masse ne peut plus bouger. Le mouvement de la masse est amorti par les deux ressorts G et H. Dans cette pièce, le coq est caché par la masse. 
Cette montre, dont la boîte est en or, a été faite pour l'Orient. Le cadran est sobre et de bon ton, les aiguilles finement travaillées.

Fig. II et 12. Deux mouvements Jaquet-Droz montrant la diversité des formes données aux masses.

PIÈCES ANGLAISES ET FRANÇAISES
La montre anglaise des fig. 13 et 14 est signée Jam Cox & Son. Cette maison, qui succéda à Jam Cox établi à Londres, avait son siège à Canton (Chine) de 1783 à 1790. Les successeurs furent en 1790 Cox et Beale, puis en 1792 Beale et Laurent. Nous avons vu au début, que Jaquet-Droz et Leschot fournissaient des montres à cette maison.

Montre anglaise à remontage par les secousses de Jam Cox et Son. Collection A1. H. Wilsdorf, Genève

Cette montre est à échappement cylindre avec roue en laiton ; le balancier est placé sous le cadran. La masse, de forme circulaire, est en laiton. L'arrêt du mouvement de la masse est plus visible dans cette pièce. Le barillet A porte un arrêtage ; la roue d'arrêt est munie d'une goupille B qui déborde. Lorsque la montre est entièrement remontée, cette goupille, passant sous la partie centrale plus épaisse du ressort C le soulève et son extrémité D se place sur la course de la masse et l'arrête. La boîte est en or, son contrôle nous prouve qu'elle a été faite en Angleterre en 1783-84. Le cadran est orné d'une peinture pastorale. L'aiguille des secondes est au centre du cadran.

La pièce des fig. 15 et 16 n'est pas signée. L'échappement est aussi à cylindre avec roue de laiton ; le balancier est placé sous le cadran. 
La masse est circulaire et son mouvement d'arrêt est celui décrit au début. Le cadran est orné d'une peinture. 
Les heures et minutes sont excentrées, la seconde est au centre et le petit secteur de cadran placé sous 60 est la raquette de réglage. La boîte est en argent.

La montre signée Cabrier London, des fig. 17 et 18 est aussi en boîte argent. Cette firme est très ancienne, il y a des Cabrier horlogers à Londres depuis la fin du XVIle siècle, jusqu'au début du XIXe.

Montre anglaise à remontage par les secousses, signée Cabrier, London. Musée de Genève

 

La masse a une forme bien étudiée qui est presque concentrique à la platine lorsqu'elle est à son maximum de parcours. Le système d'arrêt de la masse est celui décrit en premier. La cheville C qui soulève le ressort R est très visible. 
La fig. 18 montre le mouvement avec le cadran enlevé pour se rendre compte du mécanisme. En A se trouve l'axe de la masse qui porte un pignon engrenant avec la roue B. A son tour cette dernière porte aussi un pignon engrenant avec la roue D ajustée à carré sur l'arbre de barillet. Nous voyons sur ce cliché le balancier placé sous le cadran et les deux roues, dont l'une porte la goupille de raquette, permettant de modifier le réglage. La roue E est en rapport de l'autre côté avec le carré de réglage F. On voit très bien sur cette pièce les deux ressorts amortisseurs T et S.

La fig. 19 montre une pièce dont la masse porte gravé : « L'An VII ». Comme l'année républicaine commençait à l'équinoxe d'automne, la 1ère année a débuté le 22 septembre 1792. L'an VII se trouve donc être à cheval sur 1798 et 1799.

Montre française à remontage par les secousses, époque 1798-1799. Musée de Genève

Nous reproduisons cette montre en partie démontée pour mieux se rendre compte du mécanisme un peu spécial. On voit assez bien la denture à rochet extérieure excessivement fine A, et la denture à rochet intérieure plus grosse B avec son cliquet C (fig. 20). Le barillet est en D. Le mécanisme d'arrêt de la masse est du même principe que les précédents, quoiqu’un peu plus compliqué. 
Le système de petites bascules pivotées E et F avec un engrenage basculant très curieux G, sert à l'indication du remontage du ressort, une petite aiguille étant placée sur le pivot H. Cette montre est à échappement cylindre à roue d'acier. 
Remarquons dans ce mouvement un système de compensation S à lame bimétallique agissant sur les goupilles de raquette.

LE REMONTAGE AUTOMATIQUE, AU XIXEME SIÈCLE
Les montres de cette époque qu'on retrouve en bon état, sont en général des pièces qui ont été peu portées. Elles ont été conservées soigneusement par des orientaux, la plupart du temps à cause du décor du fond. Mais lorsqu'il s'agit de montres qui n'étaient pas spécialement ornées d'émaux et de pierreries, les mouvements sont en général détériorés. Cela provient de la délicatesse du mécanisme qui ne résiste pas à l'usure. 

Le ressort-spiral antagoniste de la masse se rompait ; les dents à rochet, excessivement fines, du mécanisme de remontage s'usaient. Il est à remarquer que dans toutes les pièces que nous venons de décrire, il n'y avait pas possibilité de les remonter rapidement autrement qu'en les secouant. 
La mise à l'heure se faisait toujours à l'aide d'une clef directement sur le carré des aiguilles.. Aussi abandonna-t-on le remontage par les secousses.

Cependant, en horlogerie, toute idée logique est reprise plus tard, lorsque les causes de l'insuccès ont été oubliées. Il n'est donc pas étonnant de voir celle-ci germer à nouveau dans le courant du XIXe siècle et cela tout d'abord en 1877, un siècle environ après les premiers débuts de la montre perpétuelle.

A cette date, nous trouvons un brevet anglais, pris par Edouard Fletcher, qui préconise une masse pivotée de chaque côté de la carrure, oscillant dans un plan perpendiculaire à celui du cadran. Le mouvement de cette masse était transmis à l'aide de cliquets sur une roue à rochet. 
Nous ne savons si ce brevet a été appliqué. 
Des brevets anglais et américains, pris par des nommés von Lœhr en 1879 et Brun en 1883, n'apportent rien de nouveau à la solution du problème.
En 1884, à Chicago, un constructeur nommé von der Heydt fait une légère innovation. L'axe du levier ne porte pas directement le rochet de remontage, comme nous l'avons vu ; ce dernier est fixé à la platine et chaque fois que la masse passe à sa portée, il avance de quelques dents et fait aussi avancer une deuxième roue à rochet accouplée au barillet. Ce constructeur prévoit aussi un système empêchant la surtension du ressort, came placée sur le barillet qui a la même fonction d'arrêt de la masse que les pièces de la fin du XVIlle.

En 1889, apparaît un brevet suisse, No 1311, déposé par une maison allemande, mais qui était déjà radié l'année suivante. Trois ans plus tard, en 1892, les frères Vuilleumier à Renan, prirent un brevet, No 5488, pour une montre perpétuelle perfectionnée, disent-ils, mais ce brevet fut déjà radié en 1897. La pièce avait aussi une tige de remontoir, ce qui permettait de la remonter rapidement.

Nous présentons, fig. 21, une montre se remontant automatiquement par la marche de la personne, datant de la fin du XIXe.

Elle est signée Henri Audemars, horloger-mécanicien à Bévilard. Le mouvement est à ponts et le carré de l'arbre de barillet permet de remonter cette pièce rapidement à l'aide d'une clef. La mise à l'heure se fait aussi sur le chevillot du centre. On remarquera immédiatement que le principe de la masse excentrée est resté le même et que le mouvement est transmis au rochet comme précédemment.

LE REMONTAGE AUTOMATIQUE APPLIQUÉ A LA MONTRE-BRACELET
Depuis l'épique du brevet des frères Vuilleumier en 1892, la montre à remontage automatique ne fit plus parler d'elle pendant trente ans. Nous signalons cependant un brevet suisse déposé en 1920 et publié en 1922, par Henri et Victor Guex à Vevey, mais c'est une copie servile du brevet Brun de 1883. Ce brevet a d'ailleurs été radié en 1923.

Ce n'est qu'avec la vogue de la montre-bracelet que le remontage automatique par les secousses du porteur pouvait devenir très utile. Le problème n'était plus le même qu'à la fin du XVIIIe siècle et qu'au XIXe ; il fallait trouver un mécanisme moins délicat que ceux que nous avons vus, un système de mise à l'heure pratique, un mécanisme auxiliaire de remontage et un moyen pour empêcher la surtension du ressort moteur. 
La montre placée au poignet reçoit des secousses considérables qui risquent de détériorer le mouvement si celui-ci n'est pas construit avec tous les soins voulus et si l'on n'a pas prévu la solidité nécessaire.

Le premier système intéressant et applicable pour une montre-bracelet est celui de John Harwood et Harry Cutis en Angleterre, connu sous le nom de Harwood. 
Ce personnage, modeste horloger, avait eu cette idée pendant les longues heures d'inactivité qu'il passa dans les tranchées durant la première guerre mondiale. Le brevet suisse, No 106583, fut déposé le 16 octobre 1923 et publié le 1 er septembre 1924. 
L'invention est caractérisée par une boîte sans aucune ouverture sur la carrure et une masse oscillante ayant son axe au centre de la platine. Cette masse pivote des deux côtés du mouvement, ce qui lui donne plus de stabilité. Remarquons toutefois qu'elle a un mouvement alternatif brusque et qu'il lui faut des butées d'arrêt. Chaque mouvement est un choc qui tend à détériorer la pièce. Le défaut de la montre à secousses persiste donc.
La boîte n'a aucune ouverture, donc pas de tige de remontoir, d'où impossibilité de remonter la montre autrement que par des secousses ; la mise à l'heure ne pouvait se faire que par un mécanisme spécial, en tournant la lunette de glace. Le système employé pour éviter la surtension du ressort moteur était délicat à régler. Si nous ajoutons à tout cela que la bienfacture de la fabrication n'a pas été suffisante pour un mouvement si délicat, on comprendra que cette montre a eu une vogue de quelques années seulement et qu'actuellement elle est entièrement tombée dans l'oubli.
Ce brevet de Harwood tenta beaucoup de concurrents et l'on vit, à partir de 1924, naître des brevets qui, souvent, furent radiés quelques années plus tard. Signalons cependant un brevet qui eut un certain succès pendant quelques années en France. C'est celui de la montre « Rolls » des Etablissements Léon Hatot S.A., à Paris, et fabriquée à La Chaux-de-Fonds. Cette montre à remontage automatique se distinguait de celles connues jusqu'alors par une construction reposant sur un principe tout à fait différent.

Nous n'avons plus dans cette montre une « masse » pivotante qui remonte le ressort ; c'est le mouvement lui-même qui se meut dans la boîte et qui, par ses déplacements, récupère l'énergie nécessaire à son entretien. 
Le mouvement de la montre « Rolls » coulisse librement dans un porte-mouvement et la liberté est assurée par des billes interposées entre le mouvement et son support. Le remontage s'effectue au moyen de bascules et de cliquets. La mise à l'heure s'opère par une petite molette qui fait saillie à l'extérieur du porte-mouvement, système qu'avait déjà utilisé Jaquet-Droz ; il est donc nécessaire d'ouvrir la boîte pour la remise à l'heure, ce qui n'est pas pratique. Le mouvement reçoit continuellement des secousses ; son déplacement possible dans la boîte est de 3 mm environ. 
Le cadran doit naturellement être prolongé sous la lunette de glace et il participe au déplacement du mouvement, ce qui est désagréable à la vue, si bien que la montre « Rolls » n'est plus sur le marché.
Signalons encore la montre « Wiv-Wag » basée sur le même principe, mais avec un mécanisme différent. Cette montre présentait un avantage sur la précédente, c'est qu'il était possible de la remonter comme une pièce habituelle lorsque, pour une raison quelconque, elle n'était pas portée au bras. Cette montre eut, un certain temps, quelque succès en Suisse.

LA MONTRE DE L'AVENIR
Nous venons d'étudier une série de montres perpétuelles anciennes et quelques modèles de notre siècle. Ces diverses réalisations donnent-elles la preuve que l'idée d'une montre se remontant automatiquement était pratiquement réalisée ? D'autre part, ce remontage par secousses était-il avantageux et viable ? On peut se le demander après un examen approfondi de la question.

La montre à remontage automatique est certainement celle de l'avenir, l'homme qui en a porté une ne peut plus s'en passer. Elle est une suite régulière de la montre étanche, et c'est celle-ci qui en fut l'inspiratrice ces dernières années. Une boîte étanche ne l'est pas seulement à l'eau, mais aussi à la poussière et la montre est ainsi bien mieux protégée. Toutefois le remontage par la couronne oblige un dévissage qui rend pour un moment la boîte non étanche, puis il y a l'usure.
Cherchant à éviter ces inconvénients, le technicien moderne eut, une fois de plus, recours au remontage automatique. C'est en alliant les avantages de la boîte étanche à ceux du remontage automatique qu'il a réalisé la montre, qui au stage actuel de la technique, assure au mouvement la meilleure protection. La première montre de ce genre fut fabriquée en série, dès 1932, par la maison Rolex. Depuis ce moment, la montre automatique, en particulier la montre étanche et automatique, connaît une faveur qui n'est pas due à une mode ou à un engouement passagers, mais bien aux avantages réels qu'elle offre à l'acheteur. Il va de soi qu'une telle pièce ne peut donner satisfaction que si elle est construite avec le plus grand soin et, à cette condition, on peut admettre que la montre automatique est la montre de l'avenir.

En discuter sur le forum

A voir également