La minute papillon

Smartwatch et ta sœur?

16 juin 2014

Puisqu'il faut quelqu’un pour le dire, disons-le: la smartwatch, on s’en fout. Une chinoiserie de plus.

Par André Vial

Billevesée. Faribole. Bien moins drôle que les montres calculatrices des années 80. Promis, dans quelques mois, on n’en parlera plus. Les esprits butés peuvent toujours se raccrocher à l’idée qu’il y a du vrai disruptif derrière la smartwatch et que demain, tout le monde en aura une au poignet (ou ailleurs). Que c’est beaucoup plus qu’un gadget et qu’on ne pourra plus s’en passer tellement c’est utile, pour tout et rien, surtout pour l’état (forcément misérable) de sa santé sociale virtuelle. Ridicule. Quand je suis de bonne humeur, ça me rappelle au mieux l’âge d’or des bipeurs. En plus stupide, parce que ça se porte au poignet et qu’il faut deux mains pour le manipuler. Mais, je le reconnais, en plus pratique, puisqu’il n’y a plus besoin de trouver une cabine et appeler un call center grâce aux progrès de la téléphonie mobile.

tamtamOn peut toujours rétorquer que ce genre de discours exsude la technophobie. C’est parfaitement assumé. La smartwatch a quand même de quoi passionner, porteuse qu’elle est d’une dramaturgie fascinante d’anachronisme. L’industrie horlogère suisse le sait parfaitement et les grands manageurs pourraient volontiers se montrer un peu moins condescendants et conchier sans retenue la nouvelle venue au lieu de nous servir des discours fats, histoire de ne pas complètement passer pour des abrutis au cas où le concept devait quand même triompher. Voilà la situation. Tout le génie de la montre connectée, on en conviendra, tient dans sa fonctionnalité. Or, c’est précisément ce dont l’horlogerie helvétique s’est défait au tournant du quartz, dans la douleur, mais a posteriori une vraie bénédiction. Allons plus loin et affirmons même que sa renaissance, depuis une vingtaine d’année, tient précisément dans son inutilité. Sans cette clause vitale, toutes les gaudrioles mécaniques ne seraient que des perles pour les cochons (je ne veux insulter personne). Quel naïf voudrait nous faire croire maintenant au retour submergeant de la montre de fonction? Tss!

Dernière pique et j’arrête. Faut-il encore se rouler par terre ou se plier en deux lorsque l’on entend dire que la smartwatch constitue une concurrence directe pour le swiss made? Au risque de passer pour le cocher refusant la révolution automobile, ce n’est, là encore, que fabulation de naïf. La montre suisse est déjà une naufragée, avec ses poignées de millions de montres, dans un océan de plus d’un milliard de tocantes produites chaque année. S’il y a lieu de s’inquiéter, épanchons-nous sur le sort du flot de produits bon marché et sans intelligence embarquée qui dégorgent des ateliers asiatiques. Soyons sérieux, si une concurrence au swiss made devait émerger, elle viendra des grandes maisons du cru elles-mêmes, qui pourraient bien saper la baraque avec leur manque de discipline industrielle et leur culte des marges faciles. Passons. Accorder à son poignet à une montre, c’est de l’amour et, comme qui dirait, l’on n’aime que ce que l’on craint de perdre. Tout ce que l’électronique ne sera jamais, petit pis-aller qu’elle est, ontologiquement attardée et obsolète. Eveiller le désir, c’est ça qui est smart.

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