
Plongez au cœur des vallées horlogères suisses, là où le tic-tac précis des mouvements mécaniques rythme une tradition séculaire. Mais depuis un certain mercredi d’avril 2025, un vent glacial souffle sur cet univers de précision. La décision du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane de 31% sur les importations helvétiques, y compris les montres, a provoqué une onde de choc dont les répercussions menacent de redessiner le paysage de l’industrie horlogère suisse.
Imaginez la stupeur dans les ateliers, des manufactures du Jura aux rives tranquilles du lac Léman. Les États-Unis, premier marché d’exportation pour les montres suisses, représentant un flux annuel de près de 4 milliards de francs, sont désormais une terre potentiellement minée. Ces nouveaux tarifs douaniers agissent comme un mur invisible, augmentant instantanément le coût de chaque garde-temps franchissant l’Atlantique. Même si certains fabricants courageux tentent d’absorber une partie de cette surtaxe, leurs marges, déjà soumises à la concurrence mondiale, risquent de s’amenuiser dangereusement. Inévitablement, cette hausse des coûts se répercutera sur le consommateur américain, avec la perspective de montres suisses plus chères en vitrine.
La question brûlante sur toutes les lèvres est celle de la résilience de la demande. Les passionnés d’horlogerie de luxe, ceux qui convoitent des pièces d’exception dépassant les 50’000 dollars, seront-ils dissuadés par quelques milliers de dollars supplémentaires ? L’expert Olivier Müller estime que ce segment haut de gamme devrait être relativement épargné, car l’acquisition de tels objets est souvent moins sensible aux fluctuations de prix. Mais qu’en est-il des marques plus accessibles, celles qui font rêver une clientèle plus large, à l’image de Tissot ou d’Omega ? Pour ces acteurs du milieu et du bas de gamme, la marge de manœuvre tarifaire est bien plus étroite, les exposant davantage à une baisse potentielle des ventes.
Au-delà des chiffres et des parts de marché, c’est le tissu économique et social suisse qui tremble. L’industrie horlogère, l’un des plus importants employeurs du pays, pourrait être contrainte de réduire la voilure si les commandes américaines venaient à s’effondrer. La menace de licenciements plane, en particulier pour les sous-traitants, ces artisans de l’ombre qui fournissent les composants essentiels à la fabrication des montres. Le conseiller aux États Pirmin Bischof partage cette inquiétude palpable.
Dans ce contexte d’incertitude, le franc suisse, souvent perçu comme une valeur refuge, pourrait jouer un rôle ambivalent. Sa possible appréciation viendrait renforcer le prix des exportations suisses, ajoutant une couche de complexité à une situation déjà tendue.
Face à cette tempête douanière, les horlogers suisses sont contraints d’envisager diverses stratégies. L’ajustement des prix est une option immédiate, mais risquée, avec la peur de perdre des parts de marché. Une solution plus radicale, évoquée par certains experts, serait une relocalisation partielle de la production sur le sol américain pour contourner les droits de douane. Cependant, une telle décision représente un investissement considérable et soulève la question de l’avenir des emplois en Suisse.
La Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) a exprimé sa vive déception et son sentiment d’injustice face à ces mesures, d’autant plus qu’aucune taxe similaire n’est appliquée aux montres américaines entrant en Suisse. Elle mise désormais sur une mobilisation politique de haut niveau, espérant que la voix de la Suisse sera entendue à Washington et que des solutions diplomatiques pourront être trouvées pour apaiser cette crise.
Dans les ateliers silencieux, entre les gestes précis des horlogers et le murmure des machines, une question résonne avec insistance : comment ce fleuron de l’ingénierie et du savoir-faire suisse traversera-t-il cette nouvelle ère protectionniste ? L’avenir de l’industrie horlogère suisse, intimement lié à l’histoire et à l’identité du pays, est plus que jamais suspendu aux décisions politiques et aux stratégies audacieuses qui seront mises en œuvre.