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L’horloge, se vantant qu’elle étoit admirable,
Disoit : On ne voit rien qui me soit comparable,
Ni qui puisse servir le public comme moi ;
Il se peut sûrement reposer sur ma foi, De mon travail infatigable.
Je marche sans débauche, afin d’apprendre aux gens Ce qu’ils ont d’heures, de moments,
Pour employer à leur affaire.
Aussi, je me fais respecter,
Et sitôt que je parle, on les voit tous se taire
Afin de me bien écouter.
On compte toutes mes paroles :
Elles servent de règle aux têtes les moins folles.
Tout se conduit chez moi par de justes ressorts. »
En achevant ces mots, voici quelqu’un qui casse
Et renverse tous ses accords.
On court à l’Horlogeur. Elle demande en gràce
Qu’il la tire de ce malheur.
« Je sais, répondit l’Horlogeur,
Que tu viens à moi qu’au fort de ta misère,
Que ne t’étant plus nécessaire,
Tu piaffes pompeusement.
C’est moi qui te tirai d’une lourde matière.
Souviens-toi désormais, et rentre en ton néant. »
Ce conseil est très important
Pour ceux qui sont enflés de leur propre mérite,
Au lieu d’en rapporter l’honneur à son auteur,
Lequel bien souvent s’en irrite,
Et les voyant dans le besoin,
Dédaigne d’en prendre le soin.